Séisme politique, le jour d’après

à 11:54

Si la réaction du roi a été favorablement accueillie, y compris dans les rangs des militants du Hirak, va-t-elle pour autant mettre fin au mouvement de contestation ? "Gracier les détenus du Hirak est plus que souhaitable pour fermer cette parenthèse", estime notre chroniqueur Abdellah Tourabi.

2017, année sismique. Tout d’abord il y a eu le Hirak, une puissante secousse populaire dans la région du Rif qui a mis en évidence d’énormes failles dans notre édifice national. Les fondations politiques du pays se sont avérées fragiles et friables. Au bout de quelques mois de manifestations dans une petite ville du royaume, les Marocains ont découvert que leur avenir politique s’écrivait sur du vent. Nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait plus d’élite politique, ni de gouvernement, ni d’assemblées représentatives, ni de partis, ni de syndicats, ni de société civile, ni d’administration publique. En quelques mois, tout a été ébranlé. Dans son discours du Trône, du 29 juillet dernier, le roi a fait le bilan de cette situation. Il fallait donc réagir. Le séisme de mardi dernier apparaît comme une réponse à cet état des lieux.

Depuis six mois, il plane un air de flottement sur le Maroc. Nous vivons dans un étrange climat d’attente, d’inquiétude et d’interrogations. Les esprits sont tétanisés et les scénarios varient en fonction de l’optimisme ou du pessimisme de ceux qui les formulent. Une situation alarmante, car il n’y a rien de plus préjudiciable pour un pays que le doute et l’absence de repères. Et il ne fallait pas compter sur le gouvernement pour fournir une réponse, car ce dernier nage lui-même dans les eaux opaques de l’incertitude et de l’indécision. Le communiqué du Palais royal est positivement accueilli, car il donne enfin un signe de vitalité. Il indique qu’il y a encore une institution capable de décider, de trancher dans le vif et de secouer les autres acteurs politiques. On peut évidemment regretter le limogeage d’un ministre ou d’un autre, débattre des fondements juridiques et constitutionnels d’une formulation dans le communiqué royal… mais l’intervention du monarque tombe à point nommé. La sanction de hauts commis de l’Etat, faisant partie de l’establishment politique et technocratique, envoie un message d’exemplarité à tout le monde. C’est pour cela que ce séisme a été favorablement reçu par beaucoup de nos concitoyens, parmi lesquels des détenus du Hirak. Les réactions positives exprimées sur les réseaux sociaux vont au-delà du simple réflexe humain et naturel de réjouissance en voyant la disgrâce de quelques hommes de pouvoir. Elles expriment plutôt la satisfaction de constater que personne n’est intouchable ni indéboulonnable et que la loi s’applique à tous.

Mais la question qui se pose maintenant est: et après? Il faut espérer que ce séisme politique ne s’arrête pas là et que ses répliques produisent des effets vertueux. Sinon, il sera un simple coup d’épée dans l’eau. Il doit annoncer de véritables changements dans l’exercice du pouvoir et dans la composition de l’élite du pays. Refaire du neuf avec de l’ancien ne mènera nulle part, car les vieilles habitudes sont tenaces et les mentalités sclérosées difficiles à changer. Un sang neuf doit circuler dans les veines fatiguées de l’Etat. Une véritable circulation des élites apparait comme nécessaire pour redonner de la vigueur aux institutions et offrir un espoir de changement aux Marocains. C’est également l’occasion d’une véritable réconciliation avec la région du Rif et le moment de panser, avant qu’il ne soit trop tard, les plaies de la rancœur et de la haine chez les jeunes générations de cette partie du Maroc. Les décisions royales comportent une autocritique de l’action de l’Etat dans le Rif. En sanctionnant la mauvaise gestion, les négligences et les dysfonctionnements des pouvoirs publics, le Chef de l’Etat reconnaît implicitement que les manifestants d’Al Hoceima avaient raison de protester et d’exprimer leur mécontentement. Gracier les détenus du Hirak, dans le respect du droit, est plus que souhaitable pour fermer cette parenthèse. Le séisme ne sera plus synonyme de dévastation et de catastrophe, mais d’un bouleversement qui réajuste une situation désespérante et assainit un édifice.