Yennayer 2971: ses défenseurs attendent toujours une reconnaissance officielle

222

Le 13 janvier de chaque année se fête le nouvel an amazigh en Afrique du Nord. En ce Yennayer 2971, les militants appellent toujours le gouvernement à ériger ce jour en fête national, tandis qu’un cheikh juge sa célébration haram.

Comme chaque année à cette période, les défenseurs de la culture amazigh réitère l’une de leurs principales demande: reconnaître Yennayer comme fête nationale et donc comme jour férié, chômé et payé. En ce sens, plusieurs lettres signées par des militants et politiciens amazighs ont été adressées au chef du gouvernement Saad Eddine El Otmani, rapporte Al Ahdath Al Maghribia dans son édition du mercredi 6 janvier et relayé par Le360. C’est le cas par exemple du Front d’action politique amazigh qui a saisi non seulement le chef de l’Exécutif, mais également le Parlement avec ses deux chambres.

Pour ce collectif, tous les prérequis sont réunis pour que cette reconnaissance soit enfin actée. Appuyant leur argumentaire, le Front rappelle que 143 députés ont récemment signée une pétition adressée au gouvernement dans le but de reconnaître cette fête comme nationale. Il rappelle également la logique de cette concrétisation en vertu des dispositions constitutionnelles qui consacrent d’ailleurs l’amazigh comme langue nationale officielle à côté de l’arabe.

Depuis quelques années, Yennayer mobilise largement les militants. L’an dernier, plusieurs dizaines d’entre eux avaient célébré l’événement devant le parlement pour manifester leur requête. Plus qu’un simple rituel de passage, « Id Yennayer » revêt pour eux une dimension historique, identitaire et symbolique importante.

De son côté, le cheikh polémiste Hassan El Kettani a refait parler de lui. Dans une publication sur son compte Twitter, il a déclaré qu’envisager une telle célébration était haram (illicite).

« Il n’est pas permis de célébrer le nouvel an amazigh pour un musulman qui croit en Dieu et au jour dernier, et suit le Messager de Dieu, Muhammad, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix », a écrit dans son tweet le président de l’Association des savants du Maghreb et membre de l’Association des savants musulmans. Ce qui n’a pas manqué d’indigner les internautes qui ont vivement rétorqué au mufti des insultes et contre-arguments.

Le dignitaire religieux se fait souvent remarquer sur les réseaux sociaux. En septembre dernier, il avait pris la défense d’un fiqh tangérois accusé d’avoir pratiqué des attouchements sexuels sur des enfants. Quant à la pandémie du coronavirus, il avait lié son apparition en mars 2020 « avec la multiplication des turpitudes (fahicha) de par le monde ».

 

Lire aussi : Vidéo. Nous avons célébré Yennayer avec une famille amazighe

 

Pour rappel, le calendrier amazigh se base sur les changements de saisons. Le nouvel an amazigh correspond à une transition agricole avec la fin des jours les plus froids de l’année. Cette fête saisonnière ne devint un « nouvel an » à proprement parler qu’en 1980 sous l’impulsion de l’Académie berbère, installée à Paris. Toutefois, l’un des membres actifs de cette institution, Ammar Negadi, trouva un événement marquant pouvant faire office de point de départ de ce calendrier: l’accession au trône d’Egypte en 950 av. J.-C. du roi berbère Sheshonq Ier, cité dans la Bible.

Lors de cette fête, il est coutume de bien manger pour accueillir l’année dans un élan prospère et fertile. Couscous aux sept légumes, poulet rôti et dinde, blé concassé au lait et au miel, semoule d’orge, œufs et fruits secs… La table est bien garnie pour un repas en famille dans la joie et la convivialité.

A noter que l’Algérie (depuis 2018) et la Libye (depuis 2013) ont reconnu officiellement le nouvel an amazigh comme fête nationale.