Vidéo. Mohammed Ennaji lève le voile sur le statut de la femme dans le Coran (Bonnes feuilles)

Le sociologue et historien Mohammed Ennaji lors de la rencontre à la librairie du Carrefour des Livres pour discuter de son dernier essai "Le corps enchaîné - comment l'islam contrôle la femme".

Le corps enchaîné – Comment l’islam contrôle la femme. C’est le titre du nouvel essai du sociologue et historien Mohamed Ennaji dans lequel il élabore la thèse suivante : «La liberté, l’égalité, la dignité de la femme dans le monde musulman, ne sont envisageables qu’en dehors du paradigme religieux». Rencontre avec un intellectuel qui suscite déjà la polémique.

Une vingtaine de personnes se sont rendues ce mardi 27 novembre à la librairie Carrefour des Livres à Casablanca pour écouter Mohammed Ennaji et discuter avec lui de son dernier livre. Après avoir analysé dans ses précédents ouvrages les racines du pouvoir et de l’esclavage dans le monde arabe (Le sujet et le mamelouk : esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe) ou encore la question de l’adoption avec l’histoire de Zyad Ibn Haritha (Le fils du Prophète), l’auteur, qui selon Régis Debray «n’a pas froid aux yeux», s’attèle à la question des femmes dans le Coran. Morceaux choisis.
« Femme protestataire gommée »
« Il se trouve que la femme musulmane a été aussi, et dès le départ, une contestataire, parfois radicale, dont l’exégèse a cherché à étouffer la voix. La chronique a fait fi de cet état de choses, elle a dépeint un autre tableau, idyllique, chantant la louange de la femme croyante et gommant, du coup, du paysage, la femme protestataire. Les femmes contestataires et les femmes remarquables en général ont eu, à l’époque, le destin commun de voir leurs réalisations et, de là, leurs aptitudes, tues. »
« Un être ambigu et louche »
« Le seul registre où les femmes ont ainsi droit de cité, en tant qu’acteurs à part entière, se réduit à l’espace de soumission et de conformité aux normes de la foi, façon de leur signifier de s’astreindre à obéir à ses décrets, et en conséquence de se plier aux ordres des hommes. La féminité naturelle, librement assumée, est socialement et culturellement bâillonnée, condamnée qu’elle est solennellement par la voix du sacré. La femme est appréhendée en être ambigu et louche, en sujet suspect à mettre continûment sous contrôle. » !
« Entre le mariage et l’appropriation »
« Il n’y a nulle crainte à souligner que son rapport au mari se rapproche, sur un certain plan, de celui du maître à l’esclave ; un des signes en est la synonymie entre le mariage et l’appropriation. Il convient de souligner que le terme même de la répudiation, al-talaq, est une sorte d’affranchissement précaire qui vient confirmer le statut quasiment servile de la femme. Le statut en question explique la présence/absence de la femme dans le texte où sa silhouette se profile comme une ombre tributaire de la stature du mari. »
« Absentes du texte sacré »
« Dans les faits, que de femmes ont parlé ! Des femmes anonymes, reléguées en arrière-plan par l’exégèse, à titre de motifs isolés pour décrédibiliser les remises en cause et, en tout cas, en amoindrir la portée. Leur contestation a pourtant porté sur le fond du texte lui-même, elles auraient fait part de leur « inquiétude » relative à leur absence du texte sacré, soulignant ainsi combien la conscience féminine de la masculinité du texte en question est ancienne, précisant qu’elle est née avec lui. »
« Retrait des femmes du débat public »
« La claustration des femmes avec l’institution du hijâb par le texte sacré s’inscrit dans le rapport de genre, mais elle fait partie ici de l’ensemble des mesures liées à la naissance de l’autorité islamique. Elle clôt et scelle le silence et la soumission attendus des femmes. Le Coran, avec le voile, ne fait que formaliser le retrait des femmes du débat public, c’est matériellement que cela leur est signifié avec du tissu. »
« Le corps démembré »
« Le corps de la femme mariée ne lui appartient pas, il est symboliquement démembré et ne constitue plus un tout, il fait partie désormais d’un corps féminin global et composite où se met en place une division du travail liée aux différentes fonctions : la maternité, la filiation, le sexe. La femme vit avec son double en face d’elle au point d’en devenir étrangère à son corps. Dans le cadre de la polygamie, elle prend conscience douloureusement de cette absence. »
« Aïcha, uniquement mère des croyants »
« Les compétiteurs masculins d’Aïcha ont ainsi réussi à porter un coup mortel à ses prétentions de conduite spirituelle des croyants à la mort du Prophète. Elle fut décrétée uniquement leur mère, et du coup confinée dans un des rôles qui siéent le plus naturellement du monde, selon les prescriptions du texte sacré, à la féminité. L’islam, à sa naissance, semble avoir raté la chance de voir une femme occuper les premiers rangs, et ouvrir la voie peut-être et plus tôt d’une condition plus humaine et plus moderne à la femme, et du coup à la société ! »