Vidéo. Festival Gnaoua: rencontre avec Fatoumata Diawara, la diva malienne

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A 36 ans, Fatoumata Diawara est l’une des artistes les plus sollicitées en Afrique et dans le monde. Au festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira, cette «déesse malienne» s’est faite le chantre de l’égalité hommes-femmes et du combat pour la paix. Rencontre avec une artiste exceptionnelle. 
 
Avant son concert samedi 23 juin dernier, l’artiste a rencontré des dizaines de festivaliers réunis à «l’arbre à palabre» de l’Institut Français d’Essaouira. Souriante et modeste, Fatoumata dégage un charisme et à ses premières paroles, son auditoire est comme hypnotisé.
Car, comme elle le dit dans le titre de son dernier album «Fenfo», Fatoumata Diawara a toujours «quelque chose à dire». Un côté engagé qu’elle tient des anciennes générations de chanteurs et chanteuses maliens pour qui la chanson était un moyen de défendre des causes sociales, de s’ériger en politiciens mais en y mettant du cœur.
Fatoumata Diawara insiste sur ce point. Contrairement aux hommes politiques, les artistes engagés se «lancent dans des combats sans réfléchir, animés par leurs valeurs et leur volonté de voir la paix régner dans le monde». Dans ses textes, Fatou s’insurge d’ailleurs contre les guerres, le mépris auquel font face les migrants mais aussi contre les inégalités homme-femme dans le domaine de la musique.
«Au mali, les femmes n’ont pas le droit de toucher un instrument de musique lorsqu’elles ont leurs règles […] Je suis obligée de cacher que j’ai mes règles. Je ne le dis pas à mes musiciens mais je joue avec parce que je considère que mes menstruations ne sont pas une faiblesse mais une force […] parce que ça me permet de donner la vie», nous confie-t-elle.
Mais l’artiste nous avoue que les musiciennes sont souvent victimes de harcèlement et de «domination masculine». «J’ai dû apprendre à jouer de la guitare toute seule […] parce dans le monde de la musique, c’est avec les instruments que les hommes dominent les femmes».
Sa rencontre avec Asmaâ Hamzaoui
Lors de cette rencontre, Fatoumata nous a décrit son enthousiasme et sa joie de jouer aux côtés de Asmaâ Hamzaoui. «Beaucoup de choses nous lient. Il y a d’abord la motivation de jouer ensemble mais surtout notre volonté de créer quelque chose qui n’a toujours pas existé», explique-t-elle.
Et d’ajouter: «Asmaâ porte aujourd’hui un message d’espoir pour les générations futures. Elle rappelle la place de la femme dans le milieu de la musique gnaoua. Et c’est un honneur pour moi de pouvoir tirer une petite sœur de ce concert».
Samedi 23 juillet, Fatoumata livre au public un concert d’exception. Véritable show girl, elle chante, danse, lance des cris de guerrières africaines et scande des messages de révolte. Son concert est suivi d’une fusion mémorable avec Asmaâ Hamzaoui et «Bnat Timbuktu», que la diva malienne a l’air d’orchestrer. Elle y invite le collectif américain Snarky Puppy et les trois mettent le feu à la scène. Fatoumata Diawara confirme ainsi son statut bien mérité d’artiste accomplie. Le public d’Essaouira se souviendra très longtemps de son énergie et de sa rage pour bâtir un monde meilleur.