Vidéo. Billet d’humeur, le quatuor électro qui a enflammé Tanjazz

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Ils sont venus pour brouiller les codes, donner une image nouvelle de la pop française, chanter les tourments et la détermination irrévocable… Billet d’humeur, c’est le groupe de «pop vocale-électro» qui a mis tout le monde d’accord lors de la 20e édition du festival Tanjazz. Rencontre.

Une atmosphère de club de jazz régnait à Tanger la semaine dernière. Encore plus que d’habitude, la ville du détroit posait son regard mélancolique sur d’autres rives. Parmi les artistes de cette édition phare, beaucoup d’habitués (David Linx, Nico Morelli, Buika entre autres) mais également de belles surprises comme le groupe français Billet d’humeur qui s’est produit deux fois pendant le festival. «Le public de Tanjazz est l’un des meilleurs que nous ayons eu», témoignent les quatre jeunes hommes qui jouaient au Maroc pour la première fois.

Entre la scène BMCI ville et celle, plus modeste, du musée de la kasbah, Brice, Allan, Davy et JB, respectivement chanteur principal, beatboxer, chœur et Dj, ont livré un show tout terrain préparé avec précision. Les aléas du live ne sont pas un obstacle pour eux. Une panne de générateur s’obstine, et voici qu’Allan improvise un cours de beatbox à un public attentif. Puis, place à la musique, la danse, le partage… Une énergie éblouissante s’empare immédiatement de l’auditoire, jusqu’à faire danser les plus éteints des spectateurs.

 

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Ce qu’il y a de jazz dans leur musique? JB l’explique: «C’est une âme surtout. Je parlais avec un jazzman récemment et il me disait que ce qui est impressionnant dans le jazz, c’est que tu ressens l’humeur du musicien parce qu’il joue avec son âme, lorsqu’il part en impro avec pleins de solos…et je pense qu’on à ça de jazz dans notre musique». Et Allan d’ajouter: «Le jazz, c’est le terroir, c’est la base de la musique qui fait groover, c’est très organique, donc on se sent concerné par les performers de jazz».

C’est d’ailleurs une véritable performance qu’offre sur scène Billet d’humeur, formé au live en jouant dans les couloirs du métro parisien. «Les musiciens du métro, c’est une bonne école, ça nous a appris à bien gérer une scène, une foule, une prestation car dans le métro, les gens ne sont pas là pour écouter de la musique, ils vont au bureau», commente Davy. Quant au sens de la discipline, l’esprit d’équipe, l’aspect très sportif des mouvements, ce sont des qualités acquises sur le terrain, à l’époque où les trois chanteurs évoluaient dans le football.

De buts en beats

Au départ, la musique, c’était une passion parallèle, une capacité seulement en puissance. Les jumeaux Brice et Allan, ainsi que Davy (rencontré sur les bancs de l’école) se prédestinaient à une carrière de footballeurs. Entre les entraînements, les trois barytons aux larges tessitures inventaient des petites musiques vocales de trente secondes, reflets de leurs humeurs. C’était sans se douter qu’ils courraient déjà après un autre rêve, la musique.

Le déclic a lieu en 2013 alors qu’ils gagnent un concours à Meaux, leur ville natale, qui les propulse sur les devants de la scène aux côtés de Julien Doré, Tryo ou encore Christophe Maé. Jean-Baptiste alias JB rejoint officiellement le groupe en 2014 alors qu’il est sound designer. Il est «l’homme des machines» qui parachève le projet avec sa touche électro. «Il nous avait dit qu’on allait tourner en rond et qu’on devrait rajouter une touche électro», raconte Brice. C’est ici que l’identité inédite de l’ensemble va germer. En mixant l’a capella avec des sons électroniques, le Dj sublime ces compositions 100% vocales et explore de nouvelles techniques pour transformer la voix.

 

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De là s’enchaînent concerts et festivals. Un autre concours, organisé par la RATP, les fait monter sur les planches des Solidays. En 2017, ils sont sélectionnés par les internautes comme faisant partie des cinq meilleurs musiciens du métro parisien. Billet d’humeur s’inscrit alors dans l’histoire des artistes passés par l’Olympia (pour la soirée des vingt ans des musiciens du métro), rare circonstance alors même qu’ils n’ont pas encore sorti d’album.

Mais l’album ne va pas tarder. En mai 2018, leur premier single et clip 24 Clara voit le jour, puis quelques mois après, l’opus intitulé Hollywood. Une dizaine de titres posant «peut-être parfois un regard assez naïf sur la vie, mais c’est la manière dont on la voit en 2019», indique Brice, également parolier de la bande. D’un rêve à l’autre, le groupe ne lâche rien, et c’est le leitmotiv le plus puissant de leur album.

Croire en son Hollywood

Dans Hollywood, titre phare de l’album éponyme, Billet d’humeur invite tout un chacun à se faire star de sa propre vie, à poursuivre ses rêves jusqu’au bout sans écouter les autres, au-delà du racisme et de toutes formes de discrimination. «Pour le coup, Hollywood, c’est vraiment un billet d’humeur, c’est un coup de gueule», souligne JB, «ce sont des choses par lesquelles nous sommes passées: « Ta musique, c’est nul »; « T’as rien à faire là »; « Allez-vous-en »; « C’est bizarre quand même trois noirs et un blanc »… On était arrivé à un moment où on voulait dire non, il faut arrêter, nous, on fait ce qu’on est et on fait ce qu’on dit. On y va et rien ne nous arrêtera», s’exclame-t-il.

«Poursuivre ses rêves quoiqu’il arrive, c’est peut-être utopique, mais il ne faut pas lâcher, on veut donner l’énergie aux gens d’aller jusqu’au bout, on veut leur dire même si l’objectif n’est pas atteint, au moins essayez jusqu’au bout», poursuit Davy. A son tour, Brice complète: «Et ça résume assez bien notre parcours. Depuis le métro, on n’aurait jamais pu croire qu’on jouerait ici, même dans nos rêves les plus profonds».

Et ça marche, sur scène, leur motivation est contagieuse. Les émotions se déclinent, on danse, on saute, on rit, on pleure et on capte surtout cette rage incommensurable, cette revanche sur toutes les douleurs. Dans leur univers oldschool, ces enfants des années 1990 aux Nike immaculées jonglent entre influences rock, hip-hop, pop, jazz, soul et rumba congolaise (soukous). A cette musique quasi-organique qui prend aux tripes se superposent des textes subtilement simples et poétiques (on note l’absence volontaire d’anglicisme), à la manière de ceux qu’ils admirent, Stromae en premier plan mais aussi MC Solaar, Grand Corps Malade ou encore le chanteur et écrivain Gaël Faye.

«Les idées circulent dans le groupe et je synthétise l’humeur générale», déclare Brice au sujet du processus d’écriture. Sous ses airs de super-héros se profile un néo boys band engagé qui pense ses chansons comme des points de vue, des billets d’humeur. Pour 2020, un deuxième album est en route,«beaucoup plus brut, moins édulcoré», confie le joyeux carré.«On parle du fait qu’on veuille rentrer vraiment dans l’histoire de la musique et on veut dire qu’on assume un peu plus nos racines africaines, surtout JB»plaisante Brice. L’un des titres déjà joué par le groupe s’appelle Légende et c’est tout ce qu’on leur souhaite de devenir.