Vidéo. 4 ans de prison requis contre Rohff dans l’agression des employés de Booba

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Une lourde peine a été requise ce vendredi à l’encontre de la figure du rap français, jugé par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir violemment agressé des vendeurs de la boutique parisienne de son éternel rival. Récit d’un procès sous tension.

C’est dans une ambiance pesante, alourdie encore par la moiteur de cette journée de fin septembre à Paris qu’Housni Mkouboi, alias Rohff, s’est présenté vendredi devant la 31e chambre du tribunal correctionnel. La justice doit déterminer les responsabilités du rappeur et «d’un fan» – prétendument son garde du corps – dans un règlement de compte intervenu à l’intérieur d’une boutique de son rival Booba en 2014.

Le 21 avril 2014, en fin d’après-midi vers 18h, les employés du magasin Ünkut – boutique «officielle» de la marque de vêtements fondée par le rappeur Booba située dans le quartier parisien des Halles – avaient vu débarquer Rohff accompagné de plusieurs hommes. Sous l’œil de caméras de vidéosurveillance, ce dernier avait fait signe à un jeune vendeur de le suivre au fond de la boutique puis l’avait roué de coups à l’estomac, au dos, au visage, rejoint dans ce déchaînement de violence par plusieurs acolytes. Ils l’avaient alors abandonné inconscient au sol, dans un état critique. Un autre employé, qui voulait porter secours à la victime, avait pour sa part été assommé à coup de caisse enregistreuse.

Trois ans après, les protagonistes se retrouvent au tribunal. Il a fallu attendre 14h30 pour qu’ils prennent place. Très chic, chaussures de ville, chemise col ouvert sous une veste matelassée bleue, Rohff s’est présenté à l’audience sous son meilleur profil, accompagné de son avocate Malika Ibazatene. Il croise le chemin des deux victimes, vendeurs de la boutique Ünkut, représentées par leur conseil Jean-Yves Liénard. Mais pas celui de Booba qui n’assiste pas au procès. L’audience peine à débuter en raison de problèmes techniques: les projecteurs qui doivent diffuser les images de vidéosurveillance sont défaillants.

Le rappeur dit avoir «mal vécu» son incarcération

Après la diffusion des vidéos, accablantes, Rohff tente de faire profil bas. Confronté aux images de l’agression, le rappeur finit par admettre une partie des faits qui lui sont reprochés: des gestes de violence sur l’un des deux vendeurs. «Des coups de pied et des coups de poing», précise-t-il. Il semble «prendre conscience de la gravité des faits». «J’ai cédé à la colère», ajoute-t-il en tentant de justifier l’agression par les échanges venimeux qu’il entretenait avec Booba sur les réseaux sociaux. Sa défense vise à écarter toute idée de préméditation dans ses gestes ; si les juges devaient arriver à la conclusion qu’il s’était rendu dans la boutique avec l’intention de se battre, sa peine serait naturellement aggravée.

Rohff et son acolyte essayent de minimiser les faits mais les juges ne semblent pas convaincus par leurs arguments. Les deux prévenus essuient un feu roulant de question de la juge puis de la présidente du tribunal. Elles veulent comprendre pourquoi Rohff est venu passer son lundi de Pâques aux Halles. Le prévénu Housni Mkouboi prétend qu’il voulait rencontrer l’associé de Booba.

Cette nouvelle version des faits ne convaincra personne et encore moins le procureur qui va s’agacer de la multiplications des versions de l’accusé. Il en dénombre pas moins de six. Rohff n’en admettra que cinq. Cela plus de deux heures que les débats ont commencé et les affaires du rappeur prennent de plus en plus un mauvais tour. Pour alourdir encore son dossier, le representant du parquet va rappeler les six condamnations inscrites au casier judiciaires: en 2004, 2006, 2007, 2015 et au printemps 2017. Le rappeur, qui a déjà connu la prison et 18 mois de port d’un bracelet électronique fait profil bas. Il explique avoir «mal vécu» son incarcération.

Dans son réquisitoire, le procureur, qui veut donner un jugement exemplaire, se dit persuadé que l’agression a été préméditée. Il n’hésite pas à prononcer le mot de lynchage. «M. Mkouboi voulait faire passer un message à Booba», assure-t-il en ajoutant que les victimes sont «aujourd’hui» toujours harcelées. Il requiert quatre ans de prison contre Rohff.

«Je ne suis pas fier de cette affaire, je l’ai déjà dit dans les médias», conclut le rappeur. Les nouveaux médias, justement, Twitter, les réseaux sociaux, les calomnies à répétition du «rap game» -le jeu diabolique de la guerre du rap – ont-ils rendu Rohff enragé? C’était la question sous-jacente des quatre heures de débats. Le jugement a été mis en délibéré au 27 octobre.