Simon Skira: le roi Mohammed VI est « le gardien » de la mémoire juive au Maroc

Simon Skira, secrétaire général de la Fédération française du judaïsme marocain. DR

Le Secrétaire général de la Fédération française du judaïsme marocain, Simon Skira, a réagi à la visite du roi Mohammed VI, mercredi dernier, à «Bayt Dakira», à Essaouira, soit un espace spirituel et patrimonial de préservation et de valorisation de la mémoire judéo-marocaine. Interview.

Quel est le sens de la venue du roi Mohammed VI à Bayt Dakira mercredi dernier?

Ça fait quelques années que ce projet de restauration de la synagogue Attia est mis en marche. C’était évident que Sa Majesté soit la première personnalité invitée à cet événement, en hommage à tout ce qu’il fait pour la communauté juive, pour la tolérance au Maroc entre les communautés. Sa Majesté a accepté l’invitation et c’est un geste fort salué par toute la communauté marocaine juive du monde entier.

Le roi a présidé cette cérémonie en tant que Commandeur des Croyants. Est-ce symbolique?

Oui c’est très symbolique et très émouvant. Encore une fois une preuve que Sa Majesté suit personnellement toutes ses affaires, et en particulier ici tout ce qui est fait pour la communauté juive marocaine. J’ai grandi avec trois rois. Très jeune, j’ai eu droit à feu Mohammed V, puis feu Hassan II qui pour moi est mon mentor et maintenant, cela continue avec Sa Majesté Mohammed VI. Il poursuit le développement des relations avec la communauté juive et leur mise en relief. A chacune de mes visites au Maroc, on me rappelle les gestes de Mohammed VI pour la communauté juive. Même en France et en Israël, je n’arrête pas d’entendre les bénédictions et la reconnaissance de tout ce qui est fait par le souverain. La visite de Sa Majesté à Bayt Dakira est un signe fort. Il est le gardien de toute cette mémoire. C’est très émouvant car non seulement on ne ferme plus tout ce qui est juif, mais on y tient très fort, et on inaugure même de nouveaux espaces.

Pensez-vous que ce type d’espace peut promouvoir la tolérance entre les religions au Maroc?

Ça peut être un bon espace pour les élèves dès les premières classes. Moi, j’ai grandi au Maroc jusqu’à 15 ans, j’ai appris à connaître les relations entre communautés à chaque coin de rue. Malheureusement, aujourd’hui, la communauté s’est vidée. Dans les années 1950, il y avait 280.000 juifs au Maroc. Pour moi c’est un miracle de vouloir continuer à enseigner et mettre en relief tout cet héritage. Bayt Dakira peut aussi être un centre éducatif pour les jeunes mais également les moins jeunes. Cet espace peut servir à tous ceux qui viennent du monde entier et qui se posent des questions sur l’existence des relations entre juifs et musulmans au Maroc. A travers le monde, je me présente en tant que Marocain et les gens sont étonnés d’apprendre qu’il y a encore des juifs au Maroc. J’aimerais qu’il y ait un centre pareil dans chaque grande ville du Maroc, car il y avait d’importantes communautés juives (20.000 à 30.000 personnes).