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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Le cinéaste franco-marocain Nabil Ayouch réalise « un rêve d’enfant » en étant pour la première fois en compétition officielle au Festival de Cannes, avec « Haut et fort », une plongée dans l’univers d’une jeunesse portée par le hip-hop. 

    « C’est comme si je passais depuis tout petit devant une boulangerie avec en vitrine un bel éclair au chocolat auquel je n’avais pas le droit et là j’ai enfin pu l’avoir », plaisante le réalisateur dans son bureau cossu à Casablanca (ouest), interrogé par l’AFP avant sa venue au festival.

    A 52 ans, Nabil Ayouch devient le deuxième réalisateur marocain sélectionné pour le grand rendez-vous mondial du cinéma, après Abdelaziz Ramdani, avec « Âmes et rythmes » en 1962. Son film sera projeté jeudi soir à Cannes.

    « Haut et fort », son septième long-métrage, suit un groupe d’adolescents épris de culture hip-hop. Ces jeunes ont « tant de choses à raconter mais pas les outils pour le faire », souffle le cinéaste, « heureux » mais « intimidé » d’être à Cannes aux côtés de sommités du cinéma.

    L’action se déroule à Sidi Moumen, une banlieue défavorisée de Casablanca, surtout connue pour avoir été le fief des jeunes kamikazes radicalisés, issus du quartier, ayant perpétré des attentats à Casablanca en 2003.

    Le réalisateur y a ses repères: il y a déjà tourné des scènes de son retentissant « Ali Zaoua prince de la rue » (1999) et de « Les chevaux de Dieu » (2012), inspiré du roman de Mahi Binebine sur la radicalisation des 12 jeunes impliqués dans ces attentats ayant fait 33 morts.

    Nabil Ayouch a aussi fondé à Sidi Moumen en 2014 le centre culturel « Les Etoiles ». La plupart des acteurs de son dernier film ont été recrutés dans ce lieu effervescent offrant des formations artistiques dans un quartier longtemps coupé de toute offre culturelle.

    L’aventure l’a aussi poussé à lancer fin 2020 « New District » un label dédié au hip-hop.

    Et le directeur artistique, Anas Basbousi, un ancien rappeur devenu enseignant au centre culturel, joue dans « Haut et Fort ».

     

    – Pas de « misérabilisme » –

     

    Au Maroc, la sélection de « Haut et fort » a été largement saluée, contrastant avec l’accueil incendiaire réservé à « Much Loved », après sa projection à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, en 2015.

    Ce dernier, qui explore l’univers impitoyable de la prostitution à Marrakech, a été interdit au Maroc à l’époque et le réalisateur officiellement accusé d' »outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine ».

    S’en sont suivies menaces de mort et campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux: « l’épisode Much Loved n’est pas complètement oublié, mais les blessures sont largement pansées et ma détermination reste intacte », affirme le cinéaste.

    Nabil Ayouch déchaine les passions au Maroc. Ses détracteurs l’accusent de salir l’image de son pays, de surfer sur la misère des autres ou encore de faire des films destinés à un public occidental.

    « Ceux qui disent que je surfe sur la misère des autres ne voient pas mes films. Je n’ai jamais filmé la misère. Mon regard n’a jamais été empreint d’un gramme de misérabilisme », se défend-il.

    « Je veux que mes films voyagent mais mon public naturel est le public marocain », ajoute celui qui avait été révélé avec son film « Mektoub » (destin), présenté à la section Forum de la Berlinale en 1999.

     

    – De Sarcelles à Sidi Moumen –

     

    Plus intime, « Haut et fort » résonne avec l’enfance du cinéaste qui a grandi dans la cité de Sarcelles, en banlieue parisienne.

    « La Maison de la Jeunesse était mon temple, j’y ai appris à regarder le monde », se souvient le réalisateur, qui a voulu dupliquer l’expérience avec le centre culturel de Sidi Moumen.

    C’est dans cette « zone libre », proposant des ateliers de musique et de danse que l’idée de son film a germé.

    « J’ai assisté à quelques ateliers, c’était assez incroyable de les voir danser et d’écouter leurs textes… Je voulais que le monde entier entende ce qu’ils ont à dire! »

    Pour « montrer cette jeunesse incroyable », Nabil Ayouch, qui dirige par ailleurs une grande société de production à Casablanca, a changé sa manière de travailler: il a enchainé pendant deux ans temps de tournage et de montage, avec « une réécriture permanente ». Car s’il s’ancre dans le réel, le film est bien une fiction.

     

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