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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    De Marrakech au Pendjab, le patrimoine maroco-andalous faisait un long périple digne de celui du célèbre globetrotter marocain Ibn Battouta, avant de faire escale en Inde pour donner corps à l’un des plus beaux édifices religieux de l’Asie de Sud. Bienvenue dans la Mosquée maure (Moorish Mosque)!

    De prime abord, l’on se croit face à la Koutoubia de Marrakech, avant que l’on se rende compte qu’il s’agit d’une mosquée érigée à plus de 8.000 km du royaume et plus précisément à Kapurthala, capitale de l’ancienne principauté du Pendjab, nichée à quelques encablures des frontières indo-pakistanaises.

    Au fin fond de l’Asie, cette allure imposante ne laisse pas indifférent de par sa figure distincte, car en Inde, l’architecture des lieux de culte islamiques au style inspiré des structures mogholes est bien celle qui fait la règle dans ces contrées lointaines.

    Il est 11h00, la mosquée vient d’ouvrir ses portes. Les fidèles, si nombreux dans le jardin verdoyant de la Mosquée maure, sont encore peu nombreux à l’intérieur de l’enceinte calme et reposante. D’autres se mettent à étaler les tapis, à ajuster le dispositif de son et à ouvrir les fenêtres pour accueillir les fidèles. Nous sommes en effet vendredi.

    « Il est incontestablement le joyau de Kapurthala », confie à la MAP l’imam Hafeez Shaukat en nous conduisant à travers le jardin de la mosquée où trône une imposante fontaine en marbre blanc, la plus grande de toutes.

    L’idée de construire une mosquée aussi inédite que somptueuse, raconte Hafeez, remonte aux débuts des années 1920 quand le Maharajah Jagatjit Singh, en visite à Marrakech, tomba amoureux de la fameuse Koutoubia et décida de construire un édifice similaire au joyau de la ville ocre qui sera dédié à ses sujets musulmans au Pendjab!

    « Permettez-moi de rendre hommage à ce grand homme qui, bien que de confession sikhe, a bien marqué l’histoire en construisant cette mosquée pour les musulmans de Pendjab », s’est-il-ému.

    Le jour de son inauguration en 1930, la Moorish mosque accueillit plus de 100.000 fidèles, c’était avant la partition des Indes britanniques, précise-t-il.

    D’un pas léger, Hafeez parcourt la mosquée, les allées du jardin et l’esplanade, et veille constamment au bon fonctionnement des dépendances de la mosquée. Bref, il se soucie des moindres détails car, a-t-il insisté, « il veut toujours voir le Jamaa dans sa plus belle allure ».

    Un legs architectural marocain au pays des Maharajas

    La magnificence de l’architecture marocaine semble ne pas influencer que des bâtisses en Afrique ou en Europe, mais bien au-delà. En Inde, pays des cultures kaléidoscopiques, la réplique de la Koutoubia ne cesse de subjuguer tout visiteur.

    Facilement reconnaissable de par son style maroco-andalous, la Moorish mosque contraste tant avec l’architecture moghole asiatique, surtout avec son minaret carré haut de 51 mètres, orné de fenêtres courbes, de merlons pointus et d’arcs décoratifs et surmonté d’un lanterneau et d’un jamour de trois boules dorées.

    A l’intérieur de la mosquée, une trentaine de colonnes en marbre, surmontées de chapiteaux richement ornés, et qui viennent garnir l’espace de culte, alors que le sol est fait de grandes dalles de marbre blanc qui fournit une forte résistance à l’intensité de la chaleur dans cette région de l’Inde connue pour ses températures caniculaires.

    Le travail du plafond de la majestueuse coupole octogonale est aussi impressionnant qu’original avec des ornements en bois sculpté, en sus de 24 fenêtres alignées sur le pourtour de la coupole, qui offrent lumière naturelle en toutes saisons. Une véritable prouesse réalisée par des artistes talentueux de l’École nationale des arts de Lahore sous la supervision d’un ingénieur français.

     

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    A droite du mihrab, se dresse al minbar, un magnifique ouvrage en marbre blanc finement sculpté qui, avec ses 12 marches, surplombe la salle de prière. Un véritable chef-d’œuvre qui demandait sûrement tant de virtuosité, de maestria et de patience.

    La mosquée est une ode à la beauté, celle de l’architecture certes, mais aussi celle des jardins arabesques, fleuris et verdoyants où il fait bon flâner tout au long de l’année. Un Éden qui enchante les yeux et embaume l’air d’agréables senteurs.

    Jagatjit Singh, un homme de voyage et de grand savoir

    « Un homme d’un goût noble », c’est ainsi que Vishal Soni, l’un des notables de Kapurthala a qualifié le Maharajah Jagatjit Singh.

    Grand passionné des voyages et d’exploration, le jeune souverain, explique Soni, sillonnait les quatre coins du monde. De la Russie à l’Autriche mais aussi les Etats-Unis, la Chine, le Japon, la Malaisie, l’Égypte et… le Maroc où il s’est inspiré de la Koutoubia.

    « Le Maharajah a su donner une belle image de ce que doit être le respect d’autrui et de son culte », estime notre interlocuteur.

    Né en 1872, Jagatjit Singh, dernier souverain de Kapurthala, occupait également plusieurs postes dont celui du représentant indien à l’Assemblée générale de la Société des Nations à Genève et lieutenant-gouverneur à l’Union des États de Patiala et du Pendjab oriental (PEPSU).

    Bien qu’il fut prince guerrier, son règne était pacifique et marqué par l’absence de conflits internes, ce qui lui a permis de vouer pleinement sa vie au développement des infrastructures et à la réalisation du progrès économique et social des territoires de Kapurthala.

    Restauration et… un prestigieux prix!

    L’importance historique et culturelle de la Moorish mosque était à l’origine d’une importante opération de restauration et de préservation menée par les autorités indiennes.

    Les travaux de restauration de la perle de Kapurthala, classée parmi les monuments nationaux en Inde, ont remporté le prestigieux prix des Hudco Design Awards 2018, dans la catégorie « conservation du patrimoine ».

    « Le style de la mosquée était vraiment unique et c’est pourquoi les défis de conservation étaient intenses. J’étais si heureuse que le projet de restauration ait été reconnu au niveau national », avait expliqué l’architecte indienne, Abha Narain Lambah, cheffe d’équipe de restauration, notant que les travaux ont commencé en 2014 et duraient quatre ans.

    « J’espère que davantage de bâtisses soient prises en charge dans le Pendjab, connu pour ses monuments des plus beaux de l’Inde », a relevé celle qui a supervisé les travaux de rénovation de tant d’édifices en Inde dont la Royal Opera House de Bombay, le Palace Chowmahalla Palace de Hyderabad ou encore le temple de la Mahabodhi.

    Revenant à Soni, qui a considéré que la Moorish mosque reflète cette fascinante diversité culturelle et cultuelle qui caractérise l’Inde où différentes religions et civilisations cohabitent et continuent de s’enrichir mutuellement.

     

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    Au-delà de sa fonction religieuse, la Moorish Mosque s’impose en un symbole de beauté qui dénote de la grande culture, du sens élevé de responsabilité et de l’attention particulière du Maharajah Singh.

    Pour clore cette discussion à bâtons rompus, aussi amusante qu’enrichissante, nous demandons à Soni son avis sur le futur de la mosaïque culturelle et cultuelle qui garnit le pays de Gandhi.

    Notre interlocuteur forma le vœu de voir les générations montantes s’inspirer de la perspicacité du Gagatijit Singh, un grand homme d’État qui accordait une attention particulière à toutes les cultures, les religions et les courants sans distinction aucune.

    En quittant avec nostalgie ce bout de monde où les champs de riz s’étendent à perte de vue et en réintégrant l’aéroport d’Amritsar pour rejoindre Delhi, sa promiscuité, sa cohue et sa pollution asphyxiante, nous nous souviendrons pour toujours de ce grand Gagatijit ayant donné une belle image à ce que doit être le respect d’autrui et de son culte.

    Une image qui s’efforce de survivre de nos jours dans les méandres des étirements politiques, des calculs étriqués et des visions étroites qui risquent de porter l’estocade à la coexistence pacifique, marque de fabrique de l’Inde depuis des lustres.

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