Le parcours intellectuel de Fatima Mernissi, objet d’une réunion à Beyrouth

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Le parcours intellectuel de l’ancienne sociologue marocaine Fatima Mernissi et son combat en faveur des causes de la femme ont constitué le nœud d’une rencontre tenue jeudi à Beyrouth.

Cette rencontre culturelle, organisée par le Conseil arabe des sciences sociales pour rendre hommage à des sociologues éminents de la région arabe, a permis de mettre en lumière le parcours scientifique de cette femme intellectuelle marocaine, dont le parcours a été marqué par de nombreux efforts pour défendre les droits des femmes et améliorer leur situation.

S’exprimant à cette occasion, Asma Benadada, professeure à la Faculté des lettres et sciences humaines de Fès, a mis en exergue le cheminement intellectuel de Mernissi, caractérisé par l’hardiesse et le sens critique de la défunte, qui avait été une des premières à braver les préjugés et rompre le silence qui pesaient sur des questions sensibles, jugées tabous dans les cultures arabe et islamique.

L’ancienne chercheuse marocaine avait réussi à faire preuve de beaucoup de talent intellectuel et scientifique pour aborder le statut des femmes et les relations de genre à travers l’histoire, en parvenant à les transformer en sujets pouvant être abordés, discutés, analysés et critiqués, a-t-elle dit.

Mernissi s’était rendu compte dès le départ que pour saisir les problèmes sociaux et quotidiens des femmes, il fallait faire une lecture historique critique des fondements intellectuels et religieux et des contextes culturels qui gouvernaient le système patriarcal, pour pouvoir relever les manifestations d’infériorité et de marginalisation vécues par les femmes, a-t-elle estimée.

Pour sa part, Driss Ksikes, directeur du centre de recherche « Economia » en sciences sociales, économiques et de gestion, a mis en avant la personnalité de Mme Mernissi, son approche, son style de vie et ses interactions intellectuelles et humaines, et a montré comment cette approche se poursuit à travers la chaire de la défunte et son rôle dans la préservation de son patrimoine.

L’ancienne sociologue marocaine, un des types de femmes persévérantes qui ne cherchaient pas à faire grand étalage de leur savoir, avait utilisé son expérience dans un projet intellectuel intégré, qui appelle les jeunes à attacher de l’intérêt à l’écriture et avoir un esprit positif dans leurs relations avec l’autre, a-t-il ajouté.

Pour sa part, Dima Qaidbih, coordinatrice de l’un des groupes de travail du Conseil arabe des sciences sociales, a affirmé que le groupe de travail sur les pratiques critiques de la théorie arabe du Conseil cherche à élucider comment l’approche multidisciplinaire unique de la défunte contribue à réinterpréter les récits historiques et les pratiques actuelles, en se focalisant sur des questions sensibles au sein des sociétés arabes.

Feu Mme Mernissi, qui avait fondé une Association des droits de la femme sous le nom de « caravanes civiques » et le collectif « Femmes, familles, enfants », avait publié de nombreux ouvrages en français traduits dans de nombreuses langues, notamment en arabe et en anglais. Les plus importants sont « Le Harem politique », « Êtes-vous vacciné contre le harem ? », La “Peur-Modernité : conflit islam démocratie” et “Rêves de femmes”.