La chronique d’Abou Hafs. De quelle identité parlons-nous?

Publié le
chronique,abou,hafs,quelle,identié,parlons-nous,maroc,maroc actu,actu maroc,info maroc,h24info
DR.

Tout le monde s’accorde à dire que chaque groupe doit avoir une identité pour mériter le concept de « nation » et de « peuple ». Une identité nationale qui le distingue des autres donnant un sens distinct à la vie collective.

Par Mohamed Abdelouahab Rafiqui

L’identité, à cet égard, n’est qu’une mémoire collective d’un passé profond appelé histoire commune et des composantes existentielles qui cèdent la place à l’acte de civilisation au sein d’un certain nombre de mouvements civilisationnels d’autres nations aux identités toutes aussi différentes.

Les tenants de l’identification identitaire utilisent ce postulat pour évoquer une réalité historique antérieure afin de la transposer au présent sous prétexte qu’il s’agit de l’identité authentique du Maroc ! L’histoire n’a jamais été un déterminant définitif de l’identité ; cet acte n’est rien d’autre qu’une projection sur le passé de ce qui échappe au présent, dit le philosophe Abdul Kabir El-Khatibi.

L’histoire d’une nation ne définit pas par une identité ferme et figée dans le temps. Le changement est la caractéristique la plus importante des identités nationales qui sont nécessairement influencées par la production culturelle, les conditions politiques et les influences extérieures.

D’autres refusent que l’Islam et l’histoire soient présents dans le tissage de traits identitaires communs, même si cet usage n’est pas dogmatique, car ici c’est un rejet de principe.

Ils croient que la solution est une séparation totale avec le passé et la formation d’une identité moderne à partir de zéro. Ils ne remettent pas en question ce qui est possible, et ne voient dans les pages de l’histoire moderne aucune leçon à retenir ; de nombreuses nations ont essayé de construire une autre identité, de rompre avec les identités existantes et d’en établir une nouvelle. La pensée communiste s’est d’ailleurs appliquée à concrétiser ce projet, et le résultat a été l’extinction, et plus encore, la renaissance de la même identité qu’ils avaient combattue pendant des décennies.

Lire aussi: La chronique d’Abou Hafs. Patrimoine islamique et terrorisme, quelle responsabilité ?

Cette perception se caractérise également par une pensée holistique, une perception d’exclusion très dangereuse pour la sécurité de la communauté, ainsi que par une opposition féroce de la plupart des segments de la société, qui préfigure son échec et limite son développement. Si l’identité nationale issue d’une histoire antérieure souffre, sous l’état moderne, de difficultés malgré sa légitimité objective, tout le monde peut-il s’accorder sur une autre identité proposée qui n’a pas encore défini une voie de vérification ?

Je comprends la motivation derrière de telles suggestions, avec le fort retour des idéologies extrémistes et la peur que celles-ci remportent de nouvelles victoires, mais une telle démarche pourrait peser sur la diversité et le pluralisme que connaît le Maroc, ce qui devrait nous inquiéter.

Mais j’imagine qu’une certaine incompréhension règne partout. Ce n’est pas un risque de dire qu’un manque chronique du concept de pluralisme serait responsable de toutes les perceptions totalitaires et que la fermeture au sein d’une identité fixe produit nécessairement des valeurs hostiles aux autres qui présupposent leur existence comme perfection transcendante et une distinction unique qui annule le droit des autres à exister.

J’imagine parfois à quel point les perceptions de nombreux défenseurs d’une identité transcendante et figée sont imparfaites, à une époque où le monde entier souffre d’une crise identitaire, tout aussi immatures dans le discours intellectuel et philosophique contemporain comme le dit Claude Lévi-Strauss.

Dans chaque société, il y a des groupes qui bénéficient de la consolidation d’une identité existante, et d’autres pour qui cette identité constitue une souffrance sans fin.

Mais la question est la suivante : L’Islam peut-il être à ce point un creuset au sein d’une même identité? Est-il vrai que ce que la littérature islamique efface toutes les identités sauf celle liée à la religion ?

Le Prophète a dit: « J’ai été envoyé pour compléter la dignité de la moralité », une reconnaissance claire sur laquelle la prophétie procéderait plus tard, en tenant compte des données d’identité existantes alors dans la péninsule arabique, à la valorisation de ce qui y était moral et sain en modifiant ce qui ne répond pas à la nature du nouvel ordre.

Lire aussi: La chronique d’Abou Hafs. Pourquoi une réforme de l’islam est-elle inévitable?

Il est faux de construire l’identité sur une liste de jurisprudence, et de choix coutumiers, qui changent avec le temps. Car un certain nombre de jugements et de perceptions, décrits comme des axiomes, et utilisés pour établir une identité solide de la société, ne sont pas à l’origine des axiomes, ne sont pas non plus aptes à établir l’identité. Plusieurs contextes entrent en jeu pour ancrer cette perception: le facteur politique qui était le produit du conflit entre islamistes et autres et le facteur économique qui, à l’époque, était consacré au choix d’une gauche totalitaire provoquant un grand sous-développement et un malaise économique.

Le califat, par exemple, était jusqu’à récemment l’un des postulats adoptés par l’Islam cinétique, et personne n’a été autorisé à contredire cette perception: nous voyons ici aujourd’hui comment ce concept s’estompe de jour en jour, après qu’il est devenu clair pour un certain nombre de juristes et de penseurs de l’Islam cinétique eux-mêmes que le califat n’est pas un système de gouvernement pouvant correspondre au système royal, Impérial ou présidentiel.

La démocratie n’était-elle pas considérée comme un blasphème par tous les islamistes jusqu’à récemment? La circulation pacifique du pouvoir n’était-elle pas complètement absente dans leurs littératures et divers écrits ? Le concept de liberté n’était-il pas un nouveau-venu occidental non reconnu par le patrimoine islamique?

Lorsque nous revenons aux grands concepts que les islamistes ont abandonnés, cette question revient: Avons-nous une conception raisonnable de l’identité basée sur des recherches stridentes et une réflexion attentive ? Ou est-ce que nous créons nos propres identités qui devraient nécessairement être un choc de civilisations, pour essayer de nous convaincre que nous sommes les meilleurs ? Ce qui est certain, à mon avis, c’est que nous sommes encore en train de former cette identité, et que nous avons besoin de perceptions rationnelles, d’études de terrain, pour nous installer sur une identité universitaire indifférenciée.

La rédaction vous conseille

Les titres du matinNewsletter

Tous les jours

Recevez chaque matin, l'actualité du jour : politique, international, société...

La chronique d’Abou Hafs. De quelle identité parlons-nous?

S'ABONNER
Partager
S'abonner