Grammaire: les Belges veulent s'affranchir de l'accord du participe passé

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Dans une tribune publiée dans Libération, la fédération Wallonie-Bruxelles explique vouloir changer la règle de l’accord du participe passé. Elle est jugée «trop complexe».

«Les crêpes que j’ai mangées» ou «les crêpes que j’ai mangé»? C’est la question que posent deux professeurs belges dans une tribune publiée dans Libération . Appuyés par la fédération Wallonie-Bruxelles, ils souhaitent simplifier une règle grammaticale qu’ils jugent trop complexe: le célèbre accord du participe avec l’auxiliaire avoir.
Plus précisément, ce sont les règles de l’accord du participe passé avec l’auxiliaire «avoir» qui sont dans le viseur. Rappel de la règle: «Employé avec l’auxiliaire avoir, le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le complément d’objet direct quand celui-ci le précède.» Exemple: «Les chocolats que j’ai mangés.» Seulement, si le COD se trouve après l’auxiliaire avoir, il reste invariable: «Ils ont mangé du chocolat».
Et il existe d’autres exceptions. Accrochez-vous. Il n’y a jamais d’accord au participe passé avec la préposition «en». Exemple: «Il y avait plein de sucreries. J’en ai mangé beaucoup». Mais là encore, cela varie. Si «en» peut être supprimé de la phrase sans en changer son sens, alors, on accorde. Exemple: «J’ai demandé une augmentation, voilà les choses que j’en ai obtenues.»
Passé pas si simple
Face à ces subtilités de notre langue française, la Fédération, qui se réfère aux «avis du Conseil de la langue française et de la politique linguistique de la Fédération Wallonie-Bruxelles (CLFPL) et du Conseil international de la langue française (Cilf)», la version belge de la Délégation générale de la langue française (DGLFLF), sous la tutelle de la ministre de la Culture, propose de «rendre le participe passé invariable après l’auxiliaire avoir, et ce, en toutes circonstances.» Ainsi, on ne dirait plus «les crêpes que j’ai mangées», mais «les crêpes que j’ai mangé».
«Souvent, les enseignants savent expliquer comment on accorde, mais pas pourquoi. L’incohérence des règles traditionnelles les empêche de donner du sens à leur enseignement», se plaignent les professeurs auteurs de la tribune. Selon eux, «il serait tellement plus riche (…) d’apprendre à nos enfants tout ce qui permet de maîtriser la langue plutôt qu’à faire retenir les parties les plus arbitraires de son code graphique».
En France, c’est l’apprentissage du passé simple qui a fait débat. Si la conjugaison du passé simple, et à toutes les personnes, est bien présente dans les manuels de français 6e, 5e, 4e et 3e, publiés en 2016 et 2017, les nouveaux programmes de 2016 ont demandé aux professeurs d’enseigner en priorité la 3e personne du singulier et pluriel dans les classes de cycle 3 (CM1, CM2 et 6e). Qu’en sera-t-il en 2018? Allons-nous, comme nos voisins belges, revoir la question du participe passé?