Fête du Trône: retour sur 20 ans de cinéma au Maroc avec Bilal Marmid

301
Bilal Marmid, chroniqueur et présentateur respectivement sur Medi1 Radio et TV.

Ces 20 premières années de règne de Mohammed VI se remarquent par l’impulsion certaine donnée au domaine culturel: création de festivals, de musées, émergence de nouvelles formes d’expressions artistiques et développement d’une production cinématographique intense… C’est dans ce dernier secteur « où l’effort est le plus significatif ces deux dernières décennies » selon le chroniqueur radio et critique de cinéma Bilal Marmid. Interview.

 

Comment le cinéma marocain a-t-il évolué depuis l’avènement du règne de Mohammed VI?
Le secteur du cinéma a connu une évolution très significative durant cette période-là, une évolution qui dépasse les 1000% car avant il n’y avait pas grand chose. Sous le roi Hassan II, le Maroc produisait un, deux à trois films par an, il en produit 20 à 25 dès le début de l’ère Mohammed VI, surtout à partir de 2003. Idem concernant le nombre de rendez-vous cinématographiques organisés et soutenus par les fonds d’aides de l’Etat; on compte plus de 50 festivals de cinéma (du plus petit au plus grand). C’est d’ailleurs pendant cette période qu’est né le FIFM (festival international du film de Marrakech) qui attire depuis 2001 des milliers de festivaliers. Le Maroc a connu une effervescence artistique avec toute une génération de réalisateurs tels que Noureddine Lakhmari, Nabil Ayouch, Leila Kilani… Le cinéma est sans conteste le secteur culturel qui a le plus bénéficié d’une volonté royale de développement.

Et pour ce qui concerne les productions étrangères tournées au Maroc?
Pendant ces 20 dernières années, le Maroc est devenu une terre attractive pour les grandes productions étrangères avec de grands réalisateurs qui viennent tourner -en partie ou en majorité- leurs films chez nous. On assiste à des chiffres records d’investissements malgré une forte concurrence avec d’autres pays. « Mission impossible: Rogue Nation »; « Prince of Persia », « Gladiator », « Kingdom of heaven », « Spy game » figurent parmi les blockbusters tournés au Maroc.

Qu’a-fait l’Etat pour soutenir cet essor du cinéma?
Durant cette période aussi, le Maroc a mis en place de nombreuses subventions destinées aux cinéastes. C’est l’un des rares pays, à échelle méditerranéenne et même internationale, à soutenir la production cinématographique avec un fonds d’aides qui permet aux cinéastes de réussir le montage financier de leurs films. On accorde en moyenne 4 millions de dirhams par long-métrage, soit une somme honorable. Le système des subventions a été créé dans les années 1980 mais ce n’était ni les mêmes sommes, ni le même dynamisme. Actuellement, le fonds d’aides à la production cinématographique dépasse les 75 millions de dirhams par an. On a également un fonds d’aides pour l’organisation des festivals et un autre pour soutenir le digital et les salles de cinéma. Le Maroc a fait un effort considérable dans le domaine de la production cinématographique et sans le soutien de l’Etat, il n’y aurait pas de cinéma, on serait resté à un, deux ou trois films par an.

 

Lire aussi : Tanger se dote d'un nouveau complexe cinématographique, "Megarama Goya"

 

Si la production cinématographique marocaine va bon train, comment expliquer la fermeture parallèle des salles de cinéma dans le pays?
Le problème des salles de cinéma est un problème mondial. Plusieurs causes à leur fermeture, en particulier celle d’un public qui choisit d’autres plateformes et supports digitaux pour voir des films. Toutefois, l’expérience de la création de quelques multiplexes cinématographiques (Mégarama entre autres) a montré son efficacité. Il faut aussi promouvoir la culture cinématographique, chose que je fais en tant que chroniqueur radio et présentateur tv d’une émission consacrée au cinéma, et au fil des années, j’ai constaté un fort engouement du public.

Les réalisateurs marocains subissent-ils de la censure?
Non, l’expérience marocaine a montré que les réalisateurs ont la possibilité de traiter les angles d’attaque qu’ils veulent, même les plus sensibles et même si ce sont des films soutenus par l’Etat. La censure n’a jamais été un problème du réalisateur marocain. Ce qu’il y a de génial dans le cinéma marocain, c’est que c’est très rare de diriger les réalisateurs. A ma connaissance, cette marge de manœuvre n’existe pas dans d’autres pays. S’il n’y a pas de censure à proprement parler, il y a souvent une condition de contrepartie au fonds d’aides accordé (le réalisateur doit faire passer certaines choses dans son film). La censure n’est pas vraiment le souci des réalisateurs marocains, c’est plutôt le montage financier.

Qu’attendre du futur?
Le secteur du cinéma est un chantier ouvert; il existe un livre blanc du cinéma qui contient des dizaines de recommandations. La quantité est là, c’est la base, s’il n’y a pas de quantité, il n’y a pas de qualité, mais maintenant, il faut juste travailler sur un modèle économique convenable pour espérer une industrie plus rodée. Contrairement à ce que les gens peuvent penser, je ne crois pas que le cinéma soit un domaine endormi, à la différence de celui du livre par exemple. Il faut désormais qu’on investisse dans l’humain, c’est-à-dire investir dans les compétences, dans la formation des futurs cinéastes et dirigeants du cinéma marocain.

Bilal Marmid est chroniqueur sur Medi1 Radio depuis 2010. Sur la chaîne TV éponyme, il présente également chaque vendredi en prime time depuis 2014 son émission « FBM » (Face à Bilal Marmid), consacrée au cinéma marocain et international.