Dîn Wa Dunia, le nouveau mag qui veut donner une meilleure image de l’Islam

à 15:45

Un nouveau magazine marocain va bientôt voir le jour. Il ambitionne de "réconcilier les cultures et les religions, de promouvoir la tolérance et de donner une meilleure image de l’Islam", selon son fondateur Souleiman Bencheikh.
Entretien avec Souleiman Bencheikh*, Directeur de la publication et de la rédaction de Dîn Wa Dunia.

 
Pouvez-vous nous dire quand le nouveau magazine Dîn Wa Dunia sera en kiosques? Est-ce un mensuel?
Si tout se passe comme prévu, la première édition Dîn Wa Dunia sera en kiosques le 1er décembre. Effectivement, c’est un mensuel consacré aux cultures et aux religions.
 
Pourquoi le choix du nom "Dîn wa dunia"? Quel message voulez-vous transmettre?
Dîn Wa Dunia est un concept bien connu des musulmans. Mais on peut lui faire dire tout et n’importe quoi. J’ai bien conscience que c’est une expression que certains extrémistes ont prise en otage, voulant nous faire croire que la religion doit régir la vie publique comme la vie privée. Je fais le pari inverse: je pense que c’est à partir de cette notion que la sécularisation du monde musulman peut se développer et s’épanouir. Il faut que nous apprenions à aimer sans culpabilité ce qui relève de Dunia comme ce qui a trait au Dîn. La spiritualité n’est pas forcément une ascèse.
Au-delà du nom, Dîn Wa Dunia ambitionne de réconcilier les cultures et les religions, de promouvoir la tolérance et de donner une meilleure image de l’Islam, en tant que religion et civilisation.
 

Pourriez-vous présenter le projet? Ligne éditoriale, contenu, effectif rédactionnel, prix...
Dîn Wa Dunia ne ressemblera à aucun autre magazine au Maroc. Au niveau du format et des choix graphiques d’abord. Mais aussi d’un point de vue éditorial parce que nous sommes les premiers à assumer de traiter uniquement des thématiques liées aux religions. Pour cela, nous disposons d’un comité scientifique composé de spécialistes reconnus pour leur maîtrise des questions religieuses. Ils sont les garants de la qualité scientifique du contenu. Dîn Wa Dunia n’est pas pour autant une revue de chercheurs. C’est un magazine grand public qui envoie des journalistes expérimentés aux quatre coins du pays à la recherche de sujets qui intéressent notre ligne éditoriale: lieux de culte, moussems, zaouïas, cimetières, etc. Dîn Wa Dunia est en fait un magazine qui mêle journalisme de terrain (reportages, interviews, enquêtes, etc) et articles plus analytiques souvent réalisés par des spécialistes.
Quant au prix de vente de ce magazine unique en son genre, nous l’avons fixé à 40 dirhams pour 100 pages. Nous nous situons dans la fourchette supérieure des périodiques spécialisés. C’est ce qui doit nous permettre de proposer un contenu de qualité à nos lecteurs.
 
Comment vous est venue l'idée de lancer un tel magazine?
Cela fait longtemps que je veux créer un magazine, en fait, depuis que j’ai débuté dans le métier de journaliste. Mais il me manquait l’expérience que j’ai acquise au fur et à mesure. Restait à trouver un concept car il était hors de question pour moi de dupliquer un magazine existant. J’imagine que l’idée m’est venue comme à Archimède: elle m’est tombée sur la tête. Dès que je l’ai eue, j’ai su que c’était la bonne. Une semaine après, j’ai trouvé le nom. C’était il y a un an déjà…
 
Considérez-vous Zamane comme un concurrent direct?
C’est à Zamane qu’il faut poser la question… Il me semble quand même que le champ d’action de Dîn Wa Dunia est beaucoup plus large, notre cible aussi. Nous traitons de problématiques universelles et l’histoire n’est pour nous qu’un angle parmi d’autres. Comme je vous l’ai dit, il y aura aussi beaucoup d’actualité dans Dîn Wa Dunia.
 
Y aura-t-il une version web? Une version en arabe?
Oui, tout cela est prévu et viendra en temps et en heure. Nous pensons aussi à un développement à l’international car les thématiques que nous abordons transcendent les frontières…
 
Que propose le contenu du numéro 1 de ce nouveau magazine?
Permettez-moi de laisser planer le mystère sur cette question. Je ne voudrais pas gâcher le plaisir de la surprise… Je peux quand même vous dire  que nous avons prévu un dossier où nous questionnerons le rapport ambivalent des Lumières occidentales et de l’Islam : comment des philosophes comme Voltaire et Rousseau ont-ils parlé de l’Islam, ou des Mahométans, comme ils disaient à l’époque ? Comment, en retour, l’Islam a-t-il réagi à l’universalisme des Lumières ?
 
Comment est financé votre projet? Pensez-vous que les supports papiers, en général, ont un avenir au Maroc?
Dîn Wa Dunia est financé en bonne partie par mes fonds propres. Dans cette entreprise, je suis aussi associé à de généreux mécènes nationaux qui ont été immédiatement séduits par le projet et ont accepté d’investir avec moi. Libre à eux de communiquer sur le sujet s’ils le souhaitent, je respecte leur silence comme leur parole.
S’agissant du marché de la presse, je crois plus que jamais en la pérennité de la presse papier. Mais elle doit évoluer. L’âge d’or des newsmags est révolu. Les hebdos généralistes papier sont directement concurrencés par le web. Ils ont perdu la course à la rapidité. Il reste pourtant de la place pour les magazines qui refusent de s’engouffrer dans une course à la rapidité perdue d’avance. Plus le web va vite, plus les lecteurs ont besoin de magazines de qualité, qui prennent du recul et ont le temps de disséquer et analyser l’info maintenant accessible partout. Désormais, l’enjeu est moins de ramener l’info que de la mettre en perspective.

*Souleiman Bencheikh a débuté sa carrière de journaliste au Journal hebdomadaire, avant de rejoindre l’hebdomadaire Tel Quel où il a longtemps écrit dans la rubrique «politique». Longtemps collaborateur pour L’Express, c’est lui qui avait lancé le magazine d’histoire Zamane en 2010 avec Youssef Chmirou.  Souleiman Bencheikh enseigne le journalisme dans plusieurs écoles privées au Maroc et  est l'auteur de l’ouvrage Le Dilemme du Roi ou la Monarchie marocaine à l'épreuve (Casa Express Éditions, 2014). Aujourd’hui, il se lance dans une nouvelle aventure, à savoir le lancement d’un magazine spécialisé.