Décès à Marrakech de l’écrivain espagnol Juan Goytisolo

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L’écrivain espagnol Juan Goytisolo est décédé à son domicile à Marrakech, dans la nuit de samedi à dimanche, à l’âge de 86 ans, a indiqué l’agence littéraire espagnole Carmen Balcells, maison d’édition du défunt auteur.

L’information du décès de l’écrivain a été confirmée par l’ambassade de l’Espagne au Maroc, a précisé sur son site web l’agence Carmen Balcells, basée à Barcelone.

Né en 1931 à Barcelone, Juan Goytisolo, qui s’était installé à Marrakech depuis plusieurs années, est l’un des écrivains espagnols les plus importants de la seconde moitié du 20ème siècle.

Son regard critique l’a aidé à construire une œuvre d’une grande originalité idéologique et stylistique et à adopter une position politique originale devant le nouvel ordre mondial de la fin du 20ème siècle.

Auteur d’une quinzaine de romans et de nombreux essais, il a reçu plusieurs prix internationaux, dont le prix Europalia en 1985 pour l’ensemble de son œuvre, le prix Octavio Paz (2002), le prix Juan Rulfo de littérature latino-américaine et caribéenne (2004) et le prestigieux prix Crevantes (2014).

Voici un extrait d’un texte consacré à Marrakech rédigé par l’écrivain espagnol, publié par Le Monde diplomatique en juin 1997.

« Cet univers de fripiers et de porteurs d’eau, d’artisans et de gueux, de maquignons et de voyous, de filous aux mains soyeuses, de simples d’esprit, de femmes de petite vertu, de forts en gueule, de garnements, de débrouillards, de charlatans, de cartomanciens, de tartufes, de docteurs à la science infuse, tout ce monde haut en couleur, ouvert et insouciant, qui donna sa force vitale aux sociétés chrétienne et islamique – beaucoup moins différenciées qu’on pourrait le croire -, à l’époque de l’archiprêtre de Hita, a été supprimé peu à peu, ou de façon radicale, par la bourgeoisie naissante et l’Etat quadrilleur de villes et de vies ; il n’est plus qu’un vague souvenir pour les pays techniquement avancés et moralement vides. L’emprise de la cybernétique et de l’audiovisuel nivelle les populations et les esprits, « disneyise » l’enfance et atrophie ses capacités imaginatives. Seule une ville conserve le privilège d’abriter le défunt patrimoine oral de l’humanité, qualifié par beaucoup avec mépris de tiers-mondiste. Je veux parler de Marrakech, et de la place Jemaa-el-Fna, aux abords de laquelle, depuis plus de vingt ans et à intervalles réguliers, j’écris, je déambule et j’habite. »