Covid et prière du vendredi: attention danger !

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Docteur Tayeb Hamdi, Médecin, Chercheur en Politiques et Systèmes de Santé.DR

Dans une lettre adressée à H24Info, le docteur Tayeb Hamdi, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération Nationale de la Santé (FNS), appelle à un strict encadrement des mosquées demain, vendredi 16 octobre, à l’occasion de la réouverture de 5.000 lieux de culte.

La réouverture de 5000 mosquées de plus pour les cinq prières quotidiennes, ainsi que la réouverture de l’ensemble des mosquées réouvertes (10.000 au total sur les 51.000 existantes) pour la prière du vendredi devrait être hautement cadrée pour éviter que les lieux de prière ne se transforment en foyers épidémiques et en un risque pour les personnes âgées, malades chroniques, ou sources de flambées épidémiques.

L’expérience des 5.000 mosquées ouvertes depuis le 15 juillet a montré ses limites quant au respect des mesures barrières. Beaucoup de fidèles ne respectent pas la distanciation nécessaire, pourtant clairement montrée sur les sols, et s’insinuent entre les présents, d’autres prient sans masques, ou n’apportent pas avec eux les tapis personnels comme exigé. Ne parlons pas de l’usage des gels hydroalcooliques…

Or cette situation mettait déjà en péril la santé des personnes âgées, ou moins âgées mais dont la santé est vulnérable face au coronavirus.

Dans un contexte de circulation active du virus, avec une tendance générale des pays avoisinants est le resserrement des mesures, le risque devient de plus en plus inquiétant :

  1. Vu la multiplication des mosquées réouvertes, et qui certainement ne répondent pas aux mêmes critères de sécurité sanitaire et épidémiologique dictées en mois de juillet, autrement elles auraient été réouvertes depuis cette date.
  2. La réouverture des mosquées pour la prière du vendredi est sans aucune commune mesure avec les cinq prières quotidiennes : autant les fidèles pouvaient choisir de prier chez eux par mesure de sécurité, la tentation aujourd’hui pour la prière du vendredi sera incontrôlable. Même sans contrainte de la distanciation, ces mosquées risquent d’être bondées du moment qu’elles ne sont que 10.000 à être fonctionnelles aujourd’hui, sur les 51.000 en fonction habituellement. Avec l’obligation du respect des mesures barrières un pourcentage minime de fidèles pourra trouver place, les autres, frustrés, prieraient quand même la Joumoua même sans distanciation !
  3. Nous sommes en situation d’évolution épidémique qui s’aggrave comme en témoignent les indicateurs quotidiens et hebdomadaires en hausse, et à la veille d’une deuxième vague qui sera plus ample (en chiffres de contaminations et de facto de cas graves en réanimation et de décès), et qui sera plus longue : de fin octobre début novembre jusqu’au mois de mars.
  4. La capacité hospitalière et de réanimation est de plus en plus réduite, et des cas de plus feraient déborder un système de santé déjà fragile et fragilisé. Un débordement face auquel l’état ne peut rester indifférent : la seule solution sera de décréter des mesures territoriales contraignantes, très contraignantes, et génératrices de tensions.
  5. Les personnes âgées (et les malades chroniques) sont les plus habitués des mosquées, avec les jeunes aussi bien sûr dira-t-on. Oui, mais justement, ces personnes âgées généralement à l’écart de l’encombrement, respectueuses des mesures barrières, seraient au côté de jeunes très mobiles et très contaminateurs.
  6. Les mesures restrictives annoncées pour les mosquées à savoir le port du masque, la distanciation sociale (près de 1,5 mètre), la stérilisation des mosquées, la mise à disposition des gels hydroalcooliques et la fermeture des dépendances sanitaires, ainsi que l’interdiction des rassemblements devant les mosquées, risquent fortement d’être ignorées ou obsolètes dans plusieurs sites.

Notre religion, l’Islam, ne nous contraint nullement à risquer notre vie, notre santé ou celles des autres.

Les préceptes de notre religion nous interdisent de faire courir à autrui un risque évitable.

Il faudrait réfléchir à revoir ces décisions et les encadrer rigoureusement pour l’intérêt général, la santé et la vie des marocains. Il faut veiller pour cela à ce que les mesures restrictives soient respectées et veiller à leur strict respect d’une manière continue et monitorée, en installant des comités devant chaque mosquée et en lançant une campagne de sensibilisation pour expliquer aux marocains l’importance  (malgré la sacralité de la prière) du  respect des mesures barrières dans les mosquées et surtout lors de la prière du vendredi qui rassemble des millions de personnes chaque semaine.

Les événements religieux, entre autres, sont des événements de super propagation (superspreaders), tout comme les restaurants, les cafés,… et autres lieux clos, en cas de  non-respect de la distanciation et autres mesures barrières.

Restons vigilants.

Par Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé.