Covid-19: les propriétaires de salles de cinéma dans le désarroi

1775
DR.

Les salles de cinéma n’ont pas obtenu le précieux sésame leur permettant de rouvrir. Plus de six mois après la fermeture, les gérants de salles de cinéma crient leur désarroi et entendent revoir les aides accordées par le ministère de la Culture.

Avec le deconfinement progressif, les salles de cinéma sont restées sur le carreau, tandis que les salles de sport, les hammams, les cafés et restaurants ont pu rouvrir. Depuis pratiquement six mois les salles obscures le demeurent au Maroc. N’ayant pas pu rouvrir après la fermeture décidée durant le mois de mars, les propriétaires des salles ne voient plus le bout du tunnel.

Interrogée par H24 Info, Mounia Layadi, propriétaire du cinéma Colisée pensait rouvrir durant le mois de juin ou juillet. Un mois plus tard et avec le rebond des cas de contaminations, notre interlocutrice admet que «la situation est assez confuse et que (nous) ne pouvons pas critiquer la vision du gouvernement lorsque nous regardons les chiffres et la vitesse à laquelle circule encore le virus».

 

Lire aussi: De nouvelles mesures de confinement très strictes à Casablanca, Marrakech et Béni Mellal

 

Toutefois, Mounia Layadi s’interroge sur les raisons conduisant à la réouverture d’espace comme les hammams et la fermeture des salles de cinéma. «S’il faut interdire les cinémas, il faudrait également interdire les hammams, les cafés et les mosquées qui sont des espaces souvent plus étroits (…) pourquoi condamnerait-on la culture et les sports, des secteurs de plus souffrent énormément ?», s’interroge-t-elle.

«Dans une salle de cinéma nous avons au moins l’avantage de ne pas être l’un en face de l’autre et nous pouvons aussi condamner plusieurs sièges et revoir le taux de remplissage, d’autant plus que les salles qui souffrent en ce moment sont des salles gigantesques, qui ont une grande capacité et nous pouvons donc ne vendre qu’un ticket sur cinq», poursuit Mounia.

Des aides à revoir

Même consternation chez Pierre-François Bernet, propriétaire du cinéma Atlas à Rabat, qui se demande «pourquoi dans une salle de cinéma où l’on ne parle pas et où l’on regarde tous dans la même direction, le risque serait plus grand que dans les moyens de transport en commun ou dans les restaurants, qui ont tous rouvert en même temps ?».

Une fermeture qui vient  en effet mettre à mal un secteur déjà miné par une «crise majeure», telle que décrite par le nouveau ministre de la Culture, de la Jeunesse et des sports Othman El Ferdaous. Après la récupération de ce portefeuille début avril, le nouveau ministre a annoncé plusieurs aides importantes notamment au profit des salles de cinéma du royaume.

Ainsi, deux mesures ont été prisés pour renforcer la santé des salles de cinéma, avait-il annoncé. La première concernera la «prise en charge de certaines charges fixes des salles de cinéma engagées sur la période de quatre mois allant de mars à juin 2020 et n’ayant pas pu être amorties du fait de la crise sanitaire».

 

Lire aussi: El Ferdaous annonce un programme de sauvetage des salles de cinéma

 

La deuxième mesure majeure concerne le versement aux exploitants d’une prime exceptionnelle à la réouverture des salles, équivalente à un mois de chiffre d’affaires pour accompagner la reprise d’activité. Afin de mettre en place ces aides, une enveloppe prévisionnelle de 10 MDH a été mobilisée.

Une aide applaudie dans un premier temps par les professionnels du secteur, qui demandent désormais à ce qu’elle soit revue étant donné que le blocage se poursuit et qu’ils ne disposent d’aucune visibilité. «L’aide avait bien été étudiée pour les trois premiers mois, mais la situation s’étale sur la durée. Il faudrait donc la repenser, parce qu’il faudra tenir compte de ces nouvelles données», explique Mounia Layadi.

Pierre-François Bernet nous explique pour sa part que les professionnels du secteur ont écrit au ministre et sont dans l’attente d’une réponse. Aussi, une campagne de communication devrait être lancée afin de sensibiliser les citoyens, et ce pour enclencher la reprise d’activité des salles de cinéma qui sera «arrêtée par l’autorité compétente», indiquait El Ferdaous.