Confinement: la culture, ce «bel échappatoire»

Capture d'écran visite virtuelle de la Petite Galerie du musée du Louvre, à Paris. DR

Le confinement présente son lot de difficultés, certains y voient toutefois l’occasion de briser l’ennui – quand il existe – en (re)découvrant des activités culturelles et artistiques. Petit tour d’horizon des propositions digitales pour s’ouvrir sur le monde en quelques clics et témoignages. 

« Je suis étonnée d’entendre parfois certaines personnes dire qu’on a plus de temps pendant le confinement, c’est faux, surtout lorsqu’on télétravaille. On n’a pas plus de temps mais la concentration dans l’espace fait qu’on a plus de disponibilité pour se consacrer à d’autres activités comme culturelles », témoigne Imane. Depuis le début du confinement, de nombreuses institutions culturelles ont mis gracieusement à disposition du public leurs services sur les diverses plateformes digitales. C’est le cas notamment des musées.

Visiter les musées du monde

C’est une chose qu’on n’aurait jamais pensée possible sans un voyage préalable. Le confinement incite à trouver de nouvelles manières de s’évader, et avec la magie du digital, les idées sont de plus en plus réalisables. Visiter les merveilles du monde entier peut désormais se faire depuis son canapé. Quelques suggestions à l’international:

Au Maroc, la Fondation Nationale des Musées (FNM) partage en ligne chaque vendredi une grande exposition accueillie auparavant par le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI), à Rabat. On retrouve déjà les collections « Face à Picasso » exposée en 2017, « Lumières d’Afriques » (2019), « Les couleurs de l’impressionnisme » (2019) et « Hassan El Glaoui: le Sel de ma Terre » (2019).

Capture d’écran exposition Hassan El Glaoui: le Sel de ma Terre. DR

« Le confinement m’a permis de faire des tours d’expositions de musées du monde entier en commençant par le MMVI à Rabat. Tout en restant chez moi, je peux participer aux sorties culturelles que je n’avais pas le temps de faire en temps normal », raconte Samir avec satisfaction. Imane aussi a pu visiter « pas mal de musées par curiosité ». « Mon coup de coeur, c’est l’exposition consacrée aux chats dans l’histoire de l’art de l’Universal Museum of Art musée, un musée parisien à la base en réalité virtuelle qui prône l’accessibilité et l’innovation pour permettre à tous l’accès à la culture », ajoute-t-elle.

Renouer avec la lecture

« Le confinement m’a permis de me remettre à l’écriture et à la lecture », confie Chama. « Je teste à fond la lecture de livres en format digital et les livres audio. J’ai pu terminé des gros bouquins que j’avais entamés… Je profite également des nombreux journaux disponibles en ligne pour compléter ma culture générale », renchérit Imane.

Toujours dans ce but d’assurer la continuité des services culturels habituels, l’Unesco (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la Culture) offre gratuitement l’accès à la Bibliothèque numérique mondiale sur Internet et en sept langues. Elle emmagasine textes, cartes, photos, films et enregistrements historiques et présente les trésors culturels des bibliothèques des quatre coins du monde.

Autre bon plan lecture: la FNAC propose une sélection de 500 livres gratuits à télécharger.

 

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Plus proche de nous, la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc (BNRM) a répertorié une sélection de livres audio, accessibles via son site Internet pendant le confinement. On y compte des auteurs classiques de la littérature arabe tels qu’Al Jahed (Al Boukhalaa), Ibn Khaldoun (Al Mouqadima), Ibn al-Muqaffa (Kalila wa dimna), Najib Mahfouz (Khan Al-Khalili) ou encore Taha Hussein (Al Ayam). Côté littérature étrangère, le lecteur a l’occasion de se plonger dans Les fleurs du mal de Charles Baudelaire, Les Misérables de Victor Hugo, La Peste d’Albert Camus, Le Rire de Henri Bergson, l’Art de la Guerre de Sun Tzu, Le Prince de Machiavel, Hamlet de Shakespeare et d’autres encore. La BNRM a également sélectionné des liens contenant des livres audio et des livres électroniques pour les enfants.

Le confinement suscite également l’envie d’apprendre ou approfondir une langue étrangère. « Mon mari reprend ses cours d’espagnol et d’anglais à travers des applications très intéressantes », énonce Imane. Comme lui, Samir a repris l’apprentissage du castillan avec l’application Duolingo qui propose également des cours d’anglais, portugais, italien et allemand, avec un suivi particulier et intéractif.

Concerts, spectacles, films et conférences

« Je n’ai jamais eu autant l’occasion de profiter de tout ce qui est culturel via le digital que depuis le confinement. J’ai enfin trouvé le temps pour regarder des séries intéressantes sur des chaînes spécialisées et des films d’auteur », poursuit Imane. A l’ère du confinement, le web représente l’unique oeillère sur le monde (avec les autres TIC), et surtout la plus féconde, les ressources digitales s’avérant inépuisables pour qui veut s’y plonger. Il y en a pour tous les goûts.

Côté spectacles, on cite notamment l’Opéra National de Paris qui met en ligne gratuitement ses ballets sur son site comme Cendrillon; le Metropolitan Opera de New York qui diffuse aussi gratuitement ses spectacles ou encore le Cirque du Soleil.

Les chanteurs aussi, pour garder le lien avec leur public, organisent des mini-concerts en live via les réseaux sociaux. « Je me régale avec des sessions lives de chanteurs français qui dans le cadre de confinement organisent des rendez-vous quotidiens ou réguliers avec leur public. Cela permet de voir le chanteur dans un autre cadre, plus personnel et intime, lui-même parfois angoissé par le contexte, et cela crée des moments sympathiques, intéressants d’échange et de culture », commente Imane qui suit les direct de Francis Cabrel, Amandine Bourgeois ou encore la chanteuse marocaine María Naciri (très connue pour ses reprises de Withney Houston).

Et les initiatives sont nombreuses. Ils suffit de taper dans la barre de recherche du serveur (ou sur les réseaux sociaux) un thème qui vous intéresse et voir les différentes alternatives mises en place pour perdurer l’activité culturelle. L’institut du Monde Arabe à Paris propose chaque jour sur sa page Facebook des conférences en direct ou concerts rediffusés (Arabic Sound System; hommage à Mohamed Abdel Wahab avec le chanteur Mohamed Mohsen…) avec le hashtag #LImaAlamaison.

Mentionnons également la Cinémathèque Française qui propose quelques 800 masterclass, essais et conférences en vidéo, des leçons de cinéma et 500 articles sur ses collections et programmations; le Forum des Images à Paris qui permet de visionner ses rencontres et Centre Pompidou à Paris grâce auquel vous pouvez écouter les podcasts dédiés aux œuvres exposées (Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle, Marcel Duchamp…) dans cette structure.

Le site Open Culture donne accès à un large répertoire de films (plus d’un millier), de documentaires mais aussi des cours en ligne gratuits, des livres audio, des cours de langues et des livres électroniques. Pour les cinéphiles, il y a de quoi faire entre films noirs, Hitchcock, films récompensés aux Oscars, films muets, westerns, films d’arts martiaux ou d’animation.

Le Centre cinématographie marocain (CCM) a lui aussi mis a disposition des cinéphiles sur son site Internet une liste de longs-métrages marocains diffusés jusqu’à la fin du Ramadan, voire davantage.

« Même si on peut être angoissé par le contexte actuel, la culture se présente en même temps comme un bel échappatoire et l’occasion de dynamiser notre esprit, s’aérer sur le monde même si on est entre quatre murs. Finalement, je n’ai jamais été aussi loin dans mon intéressement et dans la pratique de mes activités et découvertes culturelles que durant cette période », constate Imane. Et d’espérer: « A l’issue de ce confinement, il faudrait adopter de nouvelles habitudes culturelles et de pérenniser au maximum ce renouement qui s’est fait de manière virtuelle en les reprenant de manière plus réfléchie ».