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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Il y a quelques jours, Saad El-Othmani a reçu Ismail Haniyeh, le chef du Bureau politique du mouvement palestinien Hamas, en tant que secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement et non en tant que chef du gouvernement marocain.

    Par Mohamed Abdelouahab Rafiqi

    Cette visite, bien qu’elle ait été annoncée il y a six mois, intervient quelques jours seulement après l’arrêt des récents affrontements militaires entre l’État hébreu et le Hamas, et quelques mois seulement après la signature de l’Accord tripartite et la réactivation des relations diplomatiques avec Israël. Certes, cette visite ne peut avoir lieu sans l’aval des autorités supérieures au Maroc et la Coordination du ministère des Affaires étrangères.

    La veille de cette visite, le roi Mohammed VI a félicité Naftali Benneth pour son élection à la tête du gouvernement de Tel Aviv, ce qui confirme la vision que le Maroc cherche toujours à établir dans son approche de l’affaire palestinienne, une vision basée sur la création d’une relation équilibrée et rationnelle avec les différentes parties.

    Il est clair que le Maroc veut jouer un rôle dans les négociations entre les parties en conflit. Notons qu’Israël n’a pas commenté la visite de Haniyeh, et le président du gouvernement hébreu a évoqué le rôle du Maroc dans la promotion de la paix et de la sécurité dans la région. Haniyeh a souligné dans son discours que sa visite avait bénéficié de la bénédiction du roi. Dans son discours, il n’a pas abordé le processus de normalisation engagé par le Maroc, ce qui indique un nouveau rôle que le royaume pourrait jouer à cet égard.

    Après le départ de Trump, qui ne considérait pas le conflit au Moyen-Orient parmi ses priorités, la nouvelle administration a redéfini ses priorités. A noter également que Washington a eu du mal à trouver un médiateur crédible qui puisse persuader les deux parties de cesser les hostilités lors des récents affrontements.

    Il est vrai que le Caire a toujours joué ce rôle, mais les changements de régime dans ce pays, et la répression menée contre le mouvement des Frères musulmans, proche du Hamas, ont peu à peu affaibli son rôle, surtout que le Hamas refuse catégoriquement d’être entraîné dans un gouvernement national selon l’appellation du quartet, ce qui rend urgente la recherche d’une alternative au Caire.

     

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    Les messages positifs envoyés de Washington vers Rabat, les manœuvres du Lion africain incluant la zone d’El-Mahbès, la timide rencontre de Biden avec le chef du gouvernement espagnol en marge du sommet de l’OTAN… tout ceci plaide pour le fait que Washington peut parier sur le rôle du Maroc dans la gestion d’une négociation calme, surtout après avoir joué un rôle actif dans la gestion de la crise libyenne et obtenu des résultats significatifs.

    Mais en dehors de tout cela, ce qui est le plus intriguant dans cette affaire, c’est la position de PJD, pour le moins confuse et incompréhensible. Le chef du gouvernement, qui a lui-même signé l’accord tripartite par lequel le Maroc a normalisé ses relations avec Israël, – une position soutenue par le secrétariat général du parti dans deux déclarations distinctes-, est la même personne qui dirige le Conseil national du parti, et qui a produit une déclaration dans laquelle il salue la lutte palestinienne contre «l’occupation sioniste brutale»!

    C’est encore lui qui avance sur la voie de la normalisation de la relation avec Israël et signe divers accords de coopération mutuelle, mais en même temps, reçoit le Hamas au Maroc, le félicite après l’accord de cessez-le-feu, décrit Israël comme une «entité sioniste» et publie sur sa page Twitter l’annonce d’un meeting organisé par son parti pour célébrer la victoire de Gaza.

    Une situation pour le moins surprenante. Est-il raisonnable que le parti soit contre ce que le parti fait ? Que le parti dénonce les choix du parti ? Que le parti soutienne ici son secrétaire général et dénonce ce que son secrétaire général a fait auparavant?

    Il est très clair que le PJD vit une crise réelle et profonde en ce qui concerne le conflit entre la référence et l’identité, ses principes fondateurs et ses slogans réformistes, et entre la façon de gérer les gros dossiers et les limites de la nécessaire flexibilité et du pragmatisme requis.

    Changer ses opinions n’est jamais mauvais, et faire des révisions est nécessaire, mais le PJD a épuisé tout son stock idéologique. Il a donc besoin aujourd’hui d’un véritable dialogue interne, d’une révision radicale des fondements du parti, d’une autocritique et de tout revoir en profondeur, y compris la nature du modèle organisationnel et politique imposé par la phase actuelle, mais aussi ce qui était considéré comme acquis ainsi que les lignes rouges.

    Le PJD doit également se renouveler, en utilisant de manière proactive sa jurisprudence de finalités, mais pas sur la règle du « laisser tomber ». Il se doit de produire de nouvelles directives, un nouvel horizon et un nouveau leadership, afin de ne pas retomber dans des situations embarrassantes, et être accusé à l’avenir d’exploiter la religion, ou d’être  opportuniste. Tout cela ne sera que dans l’intérêt national.

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