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    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    À quelques heures des élections législatives et régionales que connaît le Maroc, les partis participants s’empressent de se promouvoir, que ce soit par des promesses alléchantes, admettre les erreurs passées, ou en attaquant le concurrent et en essayant de le discréditer, tout en présentant des programmes qui ne diffèrent que très peu dans leur contenu et leur style de formulation.

    Par Mohamed Abdelouahab Rafiqui

    Ces programmes parlent de tout, de la politique à l’économie en passant par la sociologie et le sport, des données et des chiffres qu’un citoyen ordinaire ne peut ni comprendre ni comparer, usant d’une langue de bois qui ne fait qu’éloigner les gens de la politique. En l’absence de solutions claires, réalistes et tangibles.

    Mais ce qui a retenu mon attention dans tous ces programmes proposés c’est qu’aucun de ces partis n’a parlé de solutions réalistes à un certain nombre de problèmes discutés par la société au cours des années précédentes, qui concernent directement le citoyen, et ne sont pas moins importants que les questions économiques et sociales sur lesquelles se concentrent les partis, telles que l’égalité et les libertés individuelles, qu’elles soient liées à la croyance, aux choix sexuels, à l’avortement et à d’autres problèmes sur lesquels la société en débattait avec audace et liberté, mais tout cela n’a pas été reflété dans les programmes des partis ou dans leurs discours électoraux.

    On ne peut pas attendre cela du PJD, malgré son mauvais mélange entre la religion et la politique, et son exploitation du discours religieux pour gagner des votes, mais sur ces questions il reste cohérent avec lui-même et avec son projet de société qu’il défend depuis la fondation du parti.

    Mais où sont les partis sois-disant de gauche et libéraux sur ces questions ? Hormis quelques déclarations personnelles et timides, on ne trouve pas de positions claires et officielles pour ces partis, et malheureusement, ils n’ont pas eu le courage de s’engager sur ces sujets , qui font partie des priorités des partis progressistes dans le monde entier.

    Il est sans doute regrettable que certains de ces partis, qui se considèrent comme les défenseurs de la modernité, aient déclaré que la discussion de ces sujets est un luxe, et que la santé, l’éducation et d’autres secteurs sont les premiers à être discutés. Avec l’utilisation de certaines expressions vagues et incompréhensibles, telles que défendre l’identité, respecter l’autre et prendre en compte les sentiments généraux, et d’autres éléments de langage utilisés par la plupart des partis lorsqu’ils discutent de tels problèmes et sujets.

    Où est donc la différence dans leur projet de société avec les islamistes ? Pourquoi vendent-ils l’illusion à leurs partisans en leur disant que l’un de leurs objectifs les plus importants est de combattre ce qu’ils appellent « réaction » et « obscurantisme » si ces problèmes ne sont pas au cœur de ce qui les préoccupe et contre quoi ils luttent ?

    Alors, qu’ils soient francs, et disent que c’est du populisme électoral, et que ces questions ne chatouillent pas les sentiments des électeurs, et n’attirent pas leurs votes, mais peuvent leur faire perdre un certain nombre de sièges et de positions, et qu’il n’y a pas de solution pour garantir un nombre important de voix, sinon en évinçant le PJD dans son projet social conservateur, même si le prix à payer est de rompre avec l’histoire, au détriment de l’opportunisme et du pragmatisme.

     

    Lire aussi: La chronique d’Abou Hafs. Hassan II et la « décennie noir »… un autre épisode d’incompréhension entre le Maroc et l’Algérie

     

    Les programmes de ces partis ne parlent pas non plus des minorités religieuses au Maroc. Sont-ils en dehors de leurs comptes ? Ou, de l’avis des partis, sont-ils sans valeur numérique influente dans la balance des votes électoraux ? Il est clair que ceux qui sont derrière les affaires politiques au Maroc ne sont pas conscients des changements identitaires que le pays a connus ces dernières années. Le rapport annuel sur la liberté religieuse publié en 2020 par le département d’État américain a révélé la présence de dizaines de milliers de chiites marocains, qui résident au Maroc, auxquels s’ajoutent entre mille et deux mille hors du pays.

    Le rapport parlait également de la présence d’environ 3 500 Juifs, selon le communiqué des dirigeants de la communauté au Maroc. Aussi, l’Association marocaine des droits de l’homme estime le nombre de chrétiens au Maroc à environ 25 000 citoyens, sans oublier les centaines de fidèles d’autres cultes, comme les baha’is, qui comptent près de 400 au Maroc et les Ahmadis qui sont estimés à 500 citoyens.

    Il est vrai que la législation pénale marocaine ne criminalise pas le changement de croyance, et que les différentes orientations religieuses ne trouvent plus de gêne à exprimer leurs convictions, mais il est certain que plusieurs de ces minorités ont encore du mal à pratiquer librement leurs rituels, et les lois sur le statut personnel ne reconnaissent pas les Marocains non musulmans et les Juifs, et ainsi des citoyens sont exclus des droits fondamentaux, tels que le mariage, le divorce, l’héritage, l’enterrement et d’autres droits qui sont basés sur une législation religieuse spécifique, en plus de certaines difficultés concernant les droits collectifs, en particulier l’absence d’un cadre juridique qui permet la gestion de certaines activités des Marocains non musulmans, comme les musulmans gèrent leurs activités dans les pays non musulmans.

    Il est vrai que beaucoup de ces partis évitent de plaider pour de telles questions, au contraire ils s’y soustraient et le craignaient, car ils lient le religieux à la politique royale et à l’institution de la commanderie des croyants, et considèrent que cette institution a la compétence de gérer la question des religions, mais ils sont conscients que ce lien n’empêche pas qu’un certain nombre de lois relatives à ce sujet passent sous la coupole du Parlement, et qu’il n’enlève pas toute responsabilité aux partis dans la défense des droits d’une partie des citoyens.

    Ce que je reproche vraiment à ces partis, qui se disent « modernes » et « progressistes », c’est qu’ils sont lâches dans l’expression de leur projet de société, et ne défendent pas la valeur de la citoyenneté, et ne la considèrent pas comme le seul déterminant des droits et devoirs, ce qui ouvrira la porte à poser tous les autres problèmes liés aux libertés individuelles et collectives. Malheureusement, ces partis ont préféré le vote électoral à la défense des principes et aux positions, ce qui ne leur coûte peut-être pas grand-chose aujourd’hui, mais cela coûte cher au pays, et leur coûterait dans un futur proche.

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