Bilal Marmid: « Nous ne pouvons pas en vouloir au téléspectateur marocain »

.DR

Le petit écran tente cette année encore de rassembler tous les Marocains, même ceux dans « l’espace ». Mais une fois de plus, les déceptions sont nombreuses. Interrogé par H24Info, Bilal Marmid, journaliste et critique de cinéma, estime malgré tout que «certains tentent de faire correctement leur travail, mais il est occulté par la médiocrité des autres».

H24Info: Vous avez regardé la télévision cette première semaine de Ramadan ?

Bilal Marmid : Non, j’ai fait le tour rapidement, mais je ne regarde pas seulement un épisode de la fameuse caméra cachée. D’ailleurs, j’évite de commenter depuis l’année dernière l’offre présentée par les chaînes de télévision, afin de ne pas tomber dans la redondance.

Toutefois, je pense qu’il y aurait eu des dizaines des sujets intéressant à aborder, mais qu’on est passé à côté, privilégiant toujours les mêmes sujets, sauf peut-être pour le cas de la série «Les Marocains dans l’espace».

Je suis agréablement surpris lorsque je vois que certains sont capables de différencier entre chaque programme, ne mettent pas tout dans un même panier. Mais en effet, nous ne pouvons pas en vouloir au téléspectateur marocain. Certains ne regardent pas par choix, d’autres estiment avoir un droit de regard sur ce qui se produit grâce à ses impôts et enfin d’autres boycottent carrément.

En zappant, les téléspectateurs retombent toujours sur la même dizaine d’acteurs qui accaparent tous les rôles. Cela ne dénote pas justement d’un système de favoritisme ou de clans au sein de ce milieu ?

B.M: Oui, nous ne pouvons pas nier qu’il s’agit très souvent des mêmes acteurs. Mais parfois il ne s’agit pas forcément de clan, mais juste d’un choix de «facilité» de certains, qui étant à l’aise au moment de travailler avec un tel ou tel, finissent toujours pas rappeler les mêmes acteurs.

Et puis, quand bien même nous ramènerons de jeunes et nouveaux acteurs, le problème est bien plus en profondeur. Quel est ce rôle qu’on leur attribuera, et dans quelle série ou film ? Ces questions-là sont celles que nous devons nous poser.

Nous pouvons aussi ramener Al Pacino ou De Niro et si leur scénario est mauvais, le film sera tout de même un navet.

 

Lire aussi: Ramadan: changement de la programmation des cours diffusés à la télévision

 

Je me souviens avoir malmené plusieurs de mes invités, car je le souligne quand même, le comédien est aussi responsable de la médiocrité, mais au fil des années et en me rendant de plus en plus sur le terrain, je me suis rendu compte que ce n’est pas aussi simple que ça. Certains tentent de faire correctement leur travail, mais il est occulté par la médiocrité des autres. Et puis certains ne font que ce qu’ils peuvent en un temps-record et avec un budget très serré.

Aujourd’hui au lieu de critiquer un travail dont le résultat ne devrait même pas nous étonner, nous devrions trouver des solutions.

Quelles seraient ces solutions justement ?

B.M: D’abord, nous n’avons même pas une association de scénaristes et tout le monde trouve ça normal. Il faudrait mettre sur le devant de la scène le rôle primordial des scénaristes et surtout appuyer leur formation.

Rares sont les Marocains qui pourraient citer au moins trois scénaristes. Et les jeunes, lorsqu’ils veulent étudier le cinéma dans ce pays, ne sont jamais encouragés à se diriger vers la scénarisation, mais uniquement vers le rôle d’acteur ou de la réalisation.

Même en France, il y a un mouvement des scénaristes qui demandent une revalorisation de leur métier. Les scénaristes ne perçoivent que 3 à 5% du budget global de la production d’un film, tandis qu’aux États-Unis c’est plus de 10 à 15% du budget qui leur revient.

C’est facile de descendre toute la production, mais nous devons faire un travail en amont afin d’éviter ce genre de catastrophe.