Audios. Kabareh Cheikhats et Mohammed Ennaji nous parlent de « travestis » et « transgenres »

Credits: Kabareh Cheikhats

Kabareh cheikhat est une troupe qui amuse, divertit. Mais à travers leurs spectacles, les comédiens veulent en vérité soulever plusieurs questions. Celles du genre, de l’acceptation des hommes de leur part de féminité… Eclairage.

Kabareh Cheikhat, troupe de chant «transgenre» formée en 2016 et composée de 12 personnes refait parler d’elle. A chaque rendez-vous, les 12 comédiens venus d’horizons différents, font salle comble. Le public ne s’en lasse jamais et en redemande.

Mais nombreux ignorent le message que souhaitent transmettre ces artistes. Rencontré lors d’un atelier de l’Institut Français, Ghassan El Hakim, le metteur en scène de la troupe, raconte que « Kabareh Cheikhats » était censée être une pièce de théâtre sur des hommes qui voulaient devenir chanteuses populaires. Mais la pièce n’a jamais été écrite et s’est vite transformée en un spectacle de chant pour rendre hommage aux cheikhates dont «la réputation a été ternie par le protectorat».

Dans cet interview, Ghassan El Hakim nous parle de la passion de la troupe pour la Aita mais également des messages que veulent transmettre les comédiens à travers leurs représentations.

Les Kabareh Cheikhats sont déterminés à changer les mentalités.

«Pendant une heure et demi, on est femme et on est regardé comme tel , même avec nos barbes. On veut déclencher quelque chose chez le public qui nous regarde, qu’il puisse penser au transgenre, ou au genre. Ou carrément au non-genre, à un genre unique. Je me renseigne beaucoup sur les amérindiens et j’ai découvert qu’il y avait chez eux un genre qui signifiait être à la fois homme et femme. Je me sens plus proche de ça, de cette possibilité d’être. Je veux déclencher cela partout», déclare Ghassan El Hakim.

 

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Leur spectacle réunit chaque fois des centaines de présents, et intéresse beaucoup de monde dont la plus grande partie (38%) sont des femmes âgées entre 25 et 35 ans. Ghassan El Hakim affirme d’ailleurs qu’ils n’ont jamais été attaqués ou menacés et que le public s’est toujours montré bienveillant envers eux. Leur accoutrement étant facilement accepté même dans les quartiers populaires comme Ain Chok où ils se sont précédemment produits. Mais, quand on se rappelle le lynchage auquel a eu droit le travesti de Marrakech, il est de bon ton de se demander pourquoi le public se montre plus indulgent envers les artistes qui se travestissent sur scène. Mohammed Ennaji, sociologue, livre sa réponse.