Diapo. La mort à petit feu des mythiques salles de cinéma de Casablanca

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À Casablanca, de plus en plus de petites salles témoignant de l’âge d’or de la ville disparaissent et sombrent dans l’oublie. 
Entre les années 50 et 80, la ville de Casablanca était une ville de cinéma par excellence avec plus de 50 cinémas sur près de 200 se trouvant au Maroc. Aujourd’hui, le nombre des salles actives dans la ville blanche n’atteint même pas 10. Les seules salles actives, outre les multiplexes,  sont en effet le Lynx, Rif, Lutetia, Eden club, Rialto, Abc et Ritz. Les autres salles ont été soit démolies comme la Mamounia, Rio ou le Colisée de Casablanca, soit livrées à l’abandon (comme Lux, Opéra ou encore Verdun).
Et d’après le classement du CCM des recettes réalisées par les salles de cinéma marocaines durant l’année 2017, c’est le cinéma Mégarama qui s’accapare 80% de la part de marché. Malgré leur tarif d’entrée très faible (entre 25 à 50 DH), les salles classiques peinent en effet à drainer des spectateurs.
«Aujourd’hui on est dans un parc cinématographique marocain à deux vitesses. On a d’un côté un cinéma Mégarama bien situé où se font les avant premières, les spectacles, qui te propose huit salles et des salles classiques qui n’arrivent pas à maintenir ou redémarrer leurs activités», nous explique Tarik Mounim, président de Save Cinemas in Morocco.
Ces salles sont dans la plupart abandonnées car pas rentables. Le fait que ces salles de cinéma appartiennent à des particuliers et non au secteur public, contrairement à ce qui se passe dans certains pays européens n’aide en rien. «Des salles classiques comme la salle Opéra ou Verdun, qui contenait de 800 à 1200 places ont dû faire face à la multiplicité des canaux disponible aujourd’hui comme la télé ou encore le piratage à outrance mais également à des problèmes de stationnement et d’insécurité dans les quartiers où elles étaient installées», estime Tarik Mounim.
Certaines salles comme l’ABC, RIF ou Eden Club ont bénéficié d’une aide à la numérisation, mais cela n’a toutefois pas aidé à résorber le manque de spectateurs.
«Pendant le protectorat, les Français avaient ouvert de nombreuses salles de cinéma à Casablanca parce qu’ils sont conscients de l’importance de la culture. C’est cette conscience là qu’on doit faire évoluer chez nous. Si nos hommes politiques se disent prêts à accueillir et à soutenir les salles de cinéma et lancent une sorte de call to action, on créera une vraie dynamique. Des investisseurs interviendront et même les propriétaires des salles sauront plus encouragés à ne pas abandonner leurs salles», conclut Tarik Mounim.