Mafia de l'immobilier: Ramid s'en mêle

à 15:45

Mardi 22 juillet dernier, Mustapha Ramid est interpellé au parlement par une députée sur les fameuses affaires de spoliation de propriété qui défraient la chronique depuis plusieurs mois au Maroc, et particulièrement à Casablanca, où une véritable "mafia de l'immobilier" est en train d'être démantelée. 
 
Et le ministre de la Justice n'a pas essayé de minimiser l'importance de ces affaires. Au contraire, il a mis en garde les propriétaires contre les "bandes spécialisées dans l’appropriation illégale de biens immobiliers immatriculés".
 
Des dizaines de biens spoliés par une bande casablancaise
 
C'est que l'une de ces bandes, composée d'une petite dizaine de personnes -avec certainement des appuis haut placés- a réussi, à l'aide de faux testaments et actes de vente, d'un notaire complaisant et d'un conservateur étonnamment peu regardant, à s'approprier des dizaines de biens, pendant plus de 10 ans et en toute impunité. Des terrains ou villas appartenant surtout à des anciens du Maroc, des MRE ou des étrangers, mais aussi à des Marocains.
 
Finalement, une bonne partie des victimes se sont regroupées dans «l’Association pour le droit et la justice au Maroc», créée il y a près de deux ans, qui recense plusieurs dizaines de spoliations, à Casablanca principalement, mais aussi à Rabat, El Jadida, etc. Et il faudra bien des interventions diplomatiques, des recours, des articles, pour que la justice marocaine s'intéresse enfin à ces dossiers.

Faux papiers, faux testaments, et des changements d'immatriculation
Le modus operandi de la "bande" implique souvent de faux héritiers et des morts qui signent des contrats de vente. Une personne, qui se présente comme l’héritier, le représentant légal ou le propriétaire du terrain ou d'un bien, le vend (à un prix bien inférieur au marché) à un de ses complices. Le notaire et le conservateur -qui inscrit la vente et procède à la mise à jour du titre foncier- sont toujours les mêmes. D’ailleurs, les mêmes noms reviennent encore et encore. Une dizaine de personnes qui sont tour à tour témoins, héritiers, acheteurs. Une véritable "bande organisée", selon les mots de Maître Messaoud Leghlimi, qui représente plusieurs propriétaires lésés.
 
Un système bien huilé qui s'est cependant écroulé avec les premières condamnations dans l'affaire de la villa "Rêve de crabe": une propriété de 3.400m2 sur la corniche casablancaise qui appartenait à un couple de Français âgés. Leur neveu et héritier, victime de la même bande, s'était vu dépossédé de la villa et avait carrément été accusé "d'abus de confiance et d'escroquerie". Le 13 février dernier, les hommes impliqués étaient condamnés à plusieurs années de prison. 
 
Parmi ces derniers, un avocat, Mte Redouane Khalfaoui, qui a été radié du barreau de Casablanca le 17 juillet dernier.
 
L'étrange conseil "pratique" de Ramid aux propriétaires au Maroc
Du coup, les membres de l'Association pour le Droit et la Justice au Maroc ont accueilli l'intervention du ministre avec joie qu'ils remercient "vivement au nom de toutes les victimes" dans un communiqué, expliquant que "tout ceci contribue à [les] encourager pour la suite". 
 
Cependant, une partie de l'intervention de Mustapha Ramid au Parlement laisse perplexe. Il a certes affirmé que "les plaintes présentées par les citoyens victimes de ces opérations ont été examinées" et assuré que "la justice rétablira les victimes dans leurs bons droits et prendra toutes les mesures qui s'imposent à l'encontre de toute personne impliquée dans ces infractions". Mais il a aussi lancé un appel aux propriétaires, qui "doivent consulter les services des conservations foncières une fois tous les 4 ans, conformément au code des droits réels, afin de vérifier si le bien est toujours en leur possession". Un conseil qui ressemble fort à un aveu de faiblesse, puisqu'il laisse entendre qu'aucun propriétaire n'est aujourd'hui à l'abri d'une telle spoliation…