Qui est vraiment Nasser Zefzafi ?

à 16:15
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Nasser Zefzafi intrigue. Cette figure emblématique du Rif n’a cessé de mobiliser les troupes depuis la mort de Mouhcine Fikri l'automne 2016. Portrait.

Le vendeur de poisson Mouhcine Fikri est mort broyé dans une benne à ordures le 28 octobre 2016. Avant cette date, Nasser Zefzafi un célibataire né en 1979 était un simple anonyme. Aujourd’hui, il attire tous les regards. Surtout depuis son arrestation, ce lundi 29 mai à Al Hoceima en compagnie d’activistes du «Hirak achaabi» et son transfert à la police judiciaire de Casablanca pour enquête.

Première apparition publique de Zefzafi

Ancien militant du mouvement du 20 février à Al Hoceima, Zefzafi s'est attiré la sympathie des jeunes de la région du Nord qui s’attroupent autour de lui à chacune de ses sorties fracassantes où il tire à boulets rouges sur tout ce qui représente l’Etat, ses institutions, les élus et les partis politiques qu’il traite d’officines. Ses détracteurs, que ce soit du côté de la société civile ou de ses anciens camarades, le qualifient de mégalomane qui prend de plus en plus la grosse tête.

"Un fils du peuple"
Mais Nasser n’a eu de cesse de revendiquer son appartenance au peuple. D’ailleurs, il a toujours habité dans le quartier populaire «Dior Al Malik», les maisons du roi, quartier s'apparentant au Habous et légué à ses occupants par le roi Mohammed VI.

Au fil des années, Zefzafi a accumulé les petits boulots. Il a été pendant 5 années videur dans un bar de la ville avant de se retrouver au chômage puis de monter un commerce de téléphones avec un ami. Affaire qui ne durera pas longtemps.

Des contradictions
Mais, Zefzafi cumule les contradictions. Cet autodidacte qui a interrompu ses études en deuxième année du secondaire appelle, d’un côté, à la démocratie et au pacifisme citant des figures comme Nelson Mandela, ou Gandhi. Mais de l'autre côté, il n’hésite pas à tenir des propos plus agressifs contre tous ceux qui ne partagent pas son avis. On cite, à titre d’exemple, ses attaques virulentes contre le militant amazigh Mohamed Assid qui pointait au passage, l’usage excessif du corpus religieux par Zefzafi.

 

 

De son côté, Nasser Zefzafi a prétendu à plusieurs reprises avoir été la cible de tentatives de liquidation. «C’est l’approche répressive vis-à-vis des manifestants qui explique pourquoi Zefzafi s'est de plus en plus radicalisé», explique à son propos Mortada Iamrachen, un militant d’Al Hoceima qui a eu des accrochages avec lui.

 

 

Séparatisme, racisme... des accusations?
Zefzafi balaye également les accusations de séparatisme qu'on lui a reprochées, alors qu'il a affirmé que le colonialisme espagnol est plus clément que le «colonialisme arabisant». Autre paradoxe: Zefzafi qui a dans l’une de ses vidéos lancé un plaidoyer contre le racisme, n’a pas manqué de mettre en avant la suprématie de la race rifaine.

 

https://www.youtube.com/watch?v=xi57pEpdK_s

 

Les politiques décrédibilisés
Mais une chose est sûre: Zefzafi a réussi là où les politiques ont échoué, à savoir représenter une région qui réclame depuis des décennies sa part de développement sans être vraiment entendue.

Il a également réussi, avec l'aide de son entourage, à organiser le comité d’organisation du Harak et encadrer les manifestations en veillant à chaque fois qu’elles soient pacifiques (Silmya).

Pour les observateurs, ce potentiel aurait pu être exploité par l’Etat pour répondre aux revendications des habitants d’Al Hoceima. Mais malgré les promesses et les engagements de l'Etat qui a dépêché sur place plusieurs ministres, la tension n'est jamais retombée.

Mohammed Amine Harmach