Casablanca: le centre hospitalier Noor inaugure les premières consultations gynécologiques pour les femmes handicapées

à 13:30
Salle de consultation gynécologique spécialisée pour les femmes handicapées - centre hospitalier Noor

En 2016, le Groupe AMH (Amicale Marocaine des Handicapés) a mis en place la première consultation gynécologique spécialisée pour les femmes handicapées via un «dispositif d’accompagnement global à la santé sexuelle et reproductive des femmes en situation de handicap au Maroc».

Au sein de ce dispositif, un premier axe purement médical a consisté à former deux gynécologues: les Pr Benhessou et Dr Hajjaji. Ces médecins ont bénéficié d’une formation spécialisée à l’Institut mutualiste Montsouris de Paris, le seul établissement en France à offrir une consultation gynécologique et obstétrique aux personnes en situation de handicap moteur, sensoriel et mental. Afin de transmettre les connaissances liées à la prise en charge des pathologies gynéco-obstétricales chez la femme handicapée, ces docteurs ont également reçu une formation afin de transmettre par la suite tous ces enseignements.

La consultation se déroule deux fois par semaine (lundi matin et vendredi après-midi) au centre hospitalier Noor, spécialisé en rééducation et réadaptation physique et fonctionnelle créé et géré par le Groupe AMH, au sein duquel un équipement spécialisé a été installé à l’instar d’une table de consultation gynécologique à hauteur variable.

Salle de consultation gynécologique spécialisée pour les femmes handicapées - centre hospitalier Noor

En parallèle, un axe médico-social complète le dispositif. Un atelier éducatif destiné aux adolescentes enseigne les bases nécessaires à une bonne santé sexuelle et reproductive. Il s’agit d’offrir des connaissances sur l’anatomie, la grossesse, la reproduction mais également faire de la prévention sur les violences basées sur le genre (viol, harcèlement sexuel, etc.). De plus, un groupe de parole donne aux femmes handicapées un espace de confiance pour aborder les questions de la vie intime et affective, questions qui apparaissent souvent taboues.

Naema Slimani, chef de projet du dispositif SSR le confirme: «La sexualité est déjà un sujet tabou dans notre société, ça l’est encore plus lorsqu’il s’agit de la femme handicapée. Dans l’inconscient collectif, elle est considérée comme asexuée et donc sans besoin de prise en charge dans ce domaine». C’est ainsi que l’urgence de mettre en place cette consultation s’est ressentie.

Partant du constat que très peu de femmes handicapées sont prises en charge gynécologiquement au Maroc, le groupe AMH a initié ce projet novateur et ambitieux. «C’est une question de dignité de la personne», insiste Naema Slimani. Toujours dans le but de démocratiser l’accès à une consultation adaptée, un troisième axe dans ce dispositif consiste en la formation théorique de gynécologues et sages-femmes issus du secteur public.

Ainsi, l’initiative SSR a pour but premier d’inciter les femmes handicapées à consulter un gynécologue, pour les soins classiques mais également pour la prévention des cancers. On note en effet chez ces femmes un dépistage cancérologique tardif. Mais au-delà de la prise en charge de ces femmes, le projet vise à sensibiliser la société en général. C’est le bilan que dresse Naema Slimani, chef de projet SSR: «Il reste un grand effort à faire au niveau de la représentation sociale de la femme handicapée par la société et par la femme elle-même».