Les enfants ne font plus assez de sport

Les chercheurs enregistrent une chute rapide du volume d’activité physique chez la plupart des garçons comme des filles, dès 7 ans. Un phénomène qui semble s’aggraver depuis quelques décennies.

Les enfants passent de plus en plus de temps scotchés à leur console et de moins en moins à taper dans un ballon ou à sauter à la corde. Une tendance à la sédentarité, qui, contrairement aux idées reçues, commence bien avant l’adolescence. En effet, chez les enfants nés depuis les années 2000, dite génération «millennial», le niveau d’activité physique tend à s’infléchir dès l’âge de 7 ans, comme le révèle une étude publiée par la revue British Journal of Sports Medicine.

Les chercheurs ont suivi 400 enfants de l’est de l’Angleterre sur une période de huit ans. Les niveaux d’activité physique étaient mesurés lorsque les enfants avaient 7, 9, 12 et 15 ans, en utilisant un petit moniteur portatif léger sur des périodes de sept jours consécutifs. Les résultats sont sans appel: le volume total de l’activité physique s’effondre progressivement dès l’âge de 7 ans chez plus de six enfants sur dix. Et ce, chez les garçons comme chez les filles, même si ces dernières de façon globale ont une activité physique plus faible. Seulement un enfant sur cinq garde une activité intense tout au long de son enfance et à l’adolescence, constatent les chercheurs.

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«Cette cohorte d’enfants fait partie de la génération tablette, télé, console vidéo. Des enfants qui se socialisent par les réseaux sociaux», explique le Pr Claire Mounier-Vehier, présidente de la Fédération de cardiologie, qui tire la sonnette d’alarme et fait de l’inactivité des enfants son cheval de bataille.

Les données parlent d’elles-mêmes: en quarante ans, les jeunes entre 9 et 16 ans ont perdu 25 % de leur capacité physique. Ils courent moins vite et moins longtemps: en 1971, un enfant courait 800 mètres en 3 minutes, il lui en faut presque 4 en 2013 pour cette même distance… Or, c’est à ce moment-là que se forge le capital santé. «À la sortie de l’adolescence, on est au maximum de ses capacités cardio-respiratoires. Après un plateau entre 20 et 35 ans, elles ne vont faire que diminuer, lentement si on poursuit la pratique d’une activité physique mais rapidement si on est sédentaire», explique le Pr François Carré, professeur de physiologie cardio-vasculaire à l’université de Rennes.

Les mesures à prendre pour développer ce capital santé ne réclament pas d’efforts inhumains. Il s’agit de pratiquer une activité physique régulière comme faire du vélo, jouer au ballon, aller à l’école à pied ou en trottinette. Bref, il suffit de bouger pendant 60 minutes tous les jours.

Le rôle de l’école

Mais, aujourd’hui, moins de 4 enfants sur 10 se rendent à pied à l’école et seulement 2 % y vont à vélo ou à trottinette. Pourtant, les distances à parcourir ne sont pas insurmontables puisque près de 45 % des jeunes vivent à moins de 2  km de leur établissement scolaire et 21 % entre 2 et 5 km.

«Ce n’est pas la faute des enfants s’ils bougent moins», insiste François Carré. Pour le spécialiste, si les parents les mettent dans une poussette alors qu’ils sont capables de marcher, qu’ils les déposent à l’école en voiture et qu’eux-mêmes ne font que très peu d’activités physiques, difficile pour les enfants de prendre de bonnes habitudes. «L’école devrait aussi avoir un rôle à jouer. Chaque année, elle pourrait rappeler aux enfants comment prendre soin de sa santé: je fais attention à ce que je mange, je fais attention à bouger, je dis non au tabac…», conclut François Carré.

 

Anne Prigent (Le Figaro)