Saint Valentin: le désir, cette insaisissable chimie

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Saint Valentin: le désir, cette insaisissable chimie

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Si les hormones jouent un rôle marquant, les nombreux paramètres qui influencent la naissance des bouffées de désir compliquent la recherche d'un médicament.

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Voilà plus de deux ans que le public a découvert l'existence de pilules du désir. Déjà mis sur le marché américain depuis 2015, le «viagra rose», uniquement destiné aux femmes, n'est pourtant pas prêt d'arriver en France. Et pour cause: aucune demande d'autorisation de mise sur le marché n'a été déposée par le fabricant -la société néerlandaise Emotional Brain- aux agences françaises et européennes du médicament.
 

Mais le désir, nous le savons tous, n'est pas seulement une histoire de chimie. «Le désir est une énergie psychologique qui précède et accompagne l'excitation», explique Valérie Doyen, sexologue à Liège en Belgique, qui vient de publier le premier roman «sexo-informatif» sur le sujet (Désir aux éditions Odile Jacob). «Le désir est influencé par différents stimuli qui peuvent provenir de l'autre (physique, attitude, paroles…), de soi-même (bien-être, tenue sexy, pensées érotiques…) et du contexte (ambiance de la chambre, harmonie sexuelle, endroits insolites…)», résume-t-elle.
 
«Le désir sexuel est quelque chose qui est complexe, fin, riche», renchérit le docteur Jean-Roger Dintrans, médecin-sexologue à Paris. «Je dirais que c'est un état bio-psychologique d'excitation lié au surgissement d'une représentation d'une jouissance à venir». Cependant, la part biologique du désir ne fait aucun doute pour les sexologues. «Certaines perturbations hormonales vont provoquer un manque de libido», explique le docteur Michèle Pujos-Gautraud, sexologue à Saint-Émilion. «D'ailleurs, ajoute-t-elle, le désir sexuel ‘de base' provient de la testostérone. Ce n'est pas un hasard si les femmes en éprouvent souvent moins que les hommes puisqu'elles ont un taux de testostérone dix fois plus bas.»
 

L'imaginaire pour stimulant


Peut-être cela explique-t-il en partie pourquoi les femmes sont plus souvent confrontées au manque d'envie de sexe que les hommes. Selon la dernière enquête nationale Inserm-Ined-AnRS sur la sexualité des Français âgés de 18 à 69 ans, 6,8% des femmes contre 1,9% des hommes disaient avoir souffert «souvent» d'une absence ou d'insuffisance de désir au cours des douze derniers mois. À la trentaine, elles sont même près de sept fois plus nombreuses à s'en plaindre. La pilule n'arrange rien. Or c'est souvent le mode de contraception privilégié à cet âge.

 

«Les femmes consultent souvent à l'initiative de leur partenaire», remarque le docteur Frédérique Hédon, sexologue à Paris et auteure de rebondir après un chagrin d'amour. «Mais, poursuit-elle, il y a eu une évolution ces dernières années: désormais je vois beaucoup plus de femmes qui viennent parce qu'elles estiment ne pas avoir suffisamment de libido». Que les troubles du désir touchent les deux sexes n'est pas une surprise pour Valérie Doyen. «Les deux principaux ennemis du désir sexuel sont la fatigue et le manque de communication, explique-t-elle. Les couples dont le désir perdure développent une qualité de rapports sexuels, ils pimentent leurs relations, réalisent certains fantasmes. La complicité, l'imagination restent des très bons stimulants».

 

Mais si les femmes prennent d'avantage l'initiative de consulter, c'est aussi, selon le Dr Dintrans, qu'elles attendent beaucoup de la sexualité. «Le discours actuel qui tend à la performance conduit les femmes à être plus exigeantes tant vis-à-vis d'elles-mêmes que de leurs partenaires en matière de sexe», note-t-il. «Quand le désir sexuel s'arrête chez une femme, c'est souvent plus difficile de le faire redémarrer, car il tombe franchement à zéro alors que les hommes ont un désir qui ne redescend jamais totalement», explique le docteur Hédon. En pratique, un bilan hormonal est souvent l'indispensable complément d'un examen médical général, afin d'écarter une cause biologique à traiter d'emblée. Le dosage des différentes formes de testostérone est toutefois délicat à interpréter.*

 

La carence en testostérone

Mais les hormones ne sont pas la panacée, et les réticences des patientes restent vives. L'échec d'Intrinsa, un patch de testostérone, est là pour en témoigner. Réservé aux femmes qui avaient dû subir une ablation de l'utérus et des ovaires, afin de palier la carence en testostérone et les aider à retrouver du désir, le médicament a bien été commercialisé en France mais, finalement, retiré faute de prescriptions suffisantes. «En réalité, ça marchait bien pour les femmes qui avaient une bonne libido avant leur opération et qui ne la retrouvaient plus après», explique le docteur Pujos-Gautraud. «Il y a des femmes pour qui cela a réellement boosté la libido», se souvient le docteur Sylvain Mimoun, gynécologue et andrologueàl'hôpital Cochin, à Paris. «Pour certaines femmes qui n'ont plus de désir, la prise de testostérone peut débloquer la situation, ajoute ce spécialiste de la sexualité, mais ça n'a qu'une vocation transitoire. Ensuite, on réduit les doses avant d'arrêter complètement. Quitte à faire de temps en temps un traitement de rappel».

 

Des traitements peu convaincants

Autre échec retentissant dans les milieux sexologiques, celui de la flibansérine, une molécule destinée à enflammer le désir féminin, qui agit au niveau du cerveau sur un neurotransmetteur: la sérotonine. Il y a quelques années, lui aussi avait eu droit aux honneurs de la presse internationale, mais les autorités de santé en avaient finalement décidé autrement. Elles avaient refusé de l'autoriser, estimant que le bénéfice modeste pour certaines femmes ne valait pas les risques d'effets secondaires.

 

Que penser alors du projet de la société Emotional Brain de se lancer dans un marché qui, commercialement, s'apparente plutôt à un cimetière des idées brillantes? Certes, la compagnie de biotechnologie a misé sur deux candidats -Lybridos et Lybrido - pour augmenter ses chances, mais il faut bien reconnaître que la lecture des études publiées n'est guère enthousiasmante. Elles sont même franchement décevantes pour Lybridos, association d'un anxiolytique et de testostérone. Un peu mieux pour Lybrido, association de testostérone et de Viagra (IPDE5).

 

Ce n'est pas la première fois que des essais sont menés chez les femmes avec la fameuse «pilule de l'érection» utilisée pour les hommes. Au milieu des années 2000, le laboratoire Pfizer, qui commercialise le Viagra, avait expérimenté l'effet du médicament sur les femmes. Mais l'accroissement de flux sanguin dans les organes génitaux féminins, en particulier le vaste système vulvovagino-clitoridien, ne s'est pas traduit par une excitation ressentie. Encore moins par du désir sexuel.

 

Pour aller plus loin, on a alors pensé à associer des molécules. «En théorie, remarque le Dr Mimoun, l'association d'ipDe5 et de testostérone devrait marcher. Le premier augmente nettement la lubrification et le second la libido».Pour l'instant, les études publiées montrent effectivement une certaine efficacité de Lybrido, mais le laboratoire a dû procéder à un tri préalable des patientes. Une manipulation qui risque de ne pas être du goût des agences du médicament chargées d'évaluer les nouveaux produits.

pour H24info

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