Terrorisme: le dernier débat présidentiel français bousculé pat l'attaque sur les Champs-Elysées

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Les onze candidats à l'Élysée étaient sur France 2 jeudi soir au moment de la fusillade des Champs-Élysées.

En acceptant la proposition de France 2 de participer à la dernière émission politique avant le premier tour, les onze candidats n'imaginaient probablement pas que l'actualité bouleverserait le déroulé même de ce rendez-vous. C'est près d'une heure après le début de l'émission que les premières informations sur une fusillade sur les Champs-Élysées ont été diffusées.

Sur le plateau, les premiers candidats se sont succédé dans l'ignorance de ce qui se passait au même moment dans VIIIe arrondissement. Jean-Luc Mélenchon, le premier à parler à 20 heures, puis Nathalie Arthaud, Marine Le Pen, François Asselineau, Benoît Hamon et Nicolas Dupont-Aignan ne disposaient apparemment pas de l'information ou n'ont pas souhaité évoquer la question en l'absence d'informations vérifiées. Pas plus que les deux journalistes, David Pujadas et Léa Salamé.

Quelques minutes après être sorti du plateau, Benoît Hamon est le premier à commenter la fusillade en s'exprimant sur Twitter. «Mes pensées vont au policier tué, à ses collègues blessés. Soutien total aux forces de l'ordre contre le terrorisme», a écrit le candidat du Parti socialiste. Plus tard, ce sera au tour de Marine Le Pen d'exprimer «émotion et solidarité pour nos forces de l'ordre», puis à François Fillon de rendre «hommage aux forces de l'ordre qui donnent leur vie pour protéger les nôtres».

C'est à 21 h 51, à l'issue de l'intervention de Nicolas Dupont-Aignan, que David Pujadas a annoncé en direct qu'une attaque avait eu lieu sur les Champs-Élysées, avant de reprendre le cours de l'émission avec l'interview de Philippe Poutou. Interrogé sur sa proposition de désarmer les policiers, le candidat du NPA - qui n'a pas abordé le sujet de la sécurité par lui-même - a dénoncé la «surprésence policière», les «gazages» dans les manifestations. «Il y a une violence policière qu'il faut stopper», a-t-il demandé en dénonçant un «engrenage de violence».«Plus ça va plus il faut armer les policiers, à quoi ça sert d'avoir des policiers armés?», a lancé le candidat d'extrême gauche, sans un mot pour le policier tué.

Huitième candidat à intervenir dans l'émission, Emmanuel Macron a été le premier à rompre le déroulé pour évoquer d'emblée la fusillade. D'un ton solennel, il a rendu hommage aux forces de l'ordre. «Nous aspirons toutes et tous à devenir président de la République et le premier devoir, la première mission du président, c'est de protéger, a expliqué le leader d'En marche! Cet impondérable, cette menace fera partie du quotidien des prochaines années.»

«Vigilance absolue»

Jacques Cheminade et Jean Lassalle ont ensuite témoigné de leur émotion et de leur solidarité avec les policiers. Puis ce fut le tour de François Fillon, dernier à intervenir en vertu du tirage au sort. «Je veux d'abord dire que la nation est solidaire avec les policiers. On est en face d'un acte dont on ne peut pas totalement qualifier la nature mais qui ressemble à un acte terroriste», a expliqué l'ancien premier ministre en évoquant «d'autres événements en cours à Paris». Annonçant qu'il annulait son déplacement prévu vendredi dans le massif du Mont-Blanc, le candidat a affirmé que «la lutte contre le terrorisme doit être la priorité absolue du prochain président de la République». «On ne peut pas continuer à vivre dans cette crainte, cette terreur», a-t-il ajouté avant de décliner ses propositions contre le «totalitarisme islamiste».

Au même moment, François Hollande s'exprimait en direct de l'Élysée. Le président de la République s'est dit «convaincu que la fusillade de Paris est d'ordre terroriste». «Nous serons d'une vigilance absolue par rapport au processus électoral», a expliqué le chef de l'État quelques minutes avant que les candidats ne soient appelés à conclure sur France 2. L'occasion, pour ceux qui n'avaient pu le faire plus tôt, d'évoquer les événements de Paris. «Les criminels ne seront jamais impunis et leurs complices jamais oubliés», a expliqué Jean-Luc Mélenchon en exhortant les Français à ne pas céder à la «panique» et en demandant aux autorités «de ne pas interrompre le processus de notre démocratie» pour ne pas donner raison aux terroristes. Benoît Hamon, à son tour, a estimé qu'il fallait être «implacable» face à «l'assaut de forces qui détestent notre modèle démocratique».«Je veux vous protéger, j'y suis prêt», a expliqué pour sa part Emmanuel Macron. Marine Le Pen a expliqué avoir «le sentiment que tout n'est pas fait pour mettre nos compatriotes à l'abri». «C'est fini le laxisme, fini la naïveté, a-t-elle ajouté. Il faut de la lucidité, du courage, de la détermination. On ne peut pas laisser à nos enfants un pays impuissant à les défendre.»Les candidats l'ignoraient encore: l'État islamique venait de revendiquer l'attentat.

 

Jean-Baptiste Garat et Marcelo Wesfreid (Le Figaro)