Chicago : 762 homicides, 12 mois, un record depuis 20 ans

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Chicago : 762 homicides, 12 mois, un record depuis 20 ans

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Le fief électoral de Barack Obama fait face, depuis une décennie, à une recrudescence de meurtres, notamment par armes à feu. À l'aide de cartes et de graphiques, nous tentons de dresser un état des lieux de la situation.

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La mauvaise réputation de Chicago, héritée de la période de la prohibition au début du XXe siècle, semble de nouveau s'abattre sur la «capitale du crime». Après une brève accalmie au milieu des années 2000, le nombre d'homicides y a de nouveau explosé en 2016. Avec 762 meurtres, contre plus de 600 pour New York et Los Angeles réunies, Chicago a connu sa pire année en près de deux décennies, et les solutions semblent difficiles à trouver pour endiguer le fléau des armes à feu.
 
Alors que Barack Obama retourne dans son fief électoral le 10 janvier prochain pour y prononcer un discours d'adieu après huit années passées à la Maison-Blanche, Chicago a connu une recrudescence d'homicides cette dernière décennie. Les fusillades, concentrées dans des quartiers défavorisés où vivent une majorité d'habitants noirs et hispaniques, ont augmenté de près de 50% pour atteindre 3500 incidents au cours des douze derniers mois.
 
Les pouvoirs publics ont répertorié, depuis 2001, l'ensemble des crimes commis dans la ville. Des données, couplées à celles du FBI, que nous avons compilé dans les infographies ci-dessous.
61 jours sans mort sur 366
 
Pendant quelques jours en décembre, il n'y a eu aucun mort par armes à feu à Chicago. Un répit si rare qu'il a fait la une des journaux locaux.
Toutefois, pour faire face, la police de la ville, avec le soutien du maire démocrate Rahm Emanuel (un ancien proche de Barack Obama), prévoit d'embaucher près de 1000 agents supplémentaires sur les deux ans qui viennent. Les forces de l'ordre sont pour l'heure confrontées à la défiance d'une partie de la population, couplée de peurs des représailles, qui entravent leur travail d'enquête. Seul un tiers des affaires de meurtre ont ainsi été résolues en 2016. En moyenne, il y a plus de 2 homicides par jour dans les rues de Chicago. Sur 366 jours en 2016, 305 ont connu au moins un assassinat. Les journées du 4 février et du 5 septembre ont été les plus sanglantes avec 9 exécutions chacune.
 
L'année 2016 a compté 58% d'homicides supplémentaires par rapport à 2015. Un texte de loi doit être examiné en janvier par le parlement local et proposer de durcir les peines de prison pour les récidivistes dans les cas d'infractions impliquant des armes à feu. «Notre plus grand problème à Chicago, ce sont les armes à feu et la culture permettant aux délinquants de commettre crime après crime», avait déploré en novembre Eddie Johnson, chef de la police. L'idée d'imposer des peines de prison plus sévères ne fait pourtant pas l'unanimité, notamment auprès des ONG qui tentent de combattre la violence. «Les gens ne passent-ils pas déjà suffisamment de temps derrière les barreaux? Ne faisons-nous pas appel à la police autant que cela est possible? (...) Il faut voir le problème sous un angle différent», a ainsi souhaité Gary Slutkin, fondateur du groupe «Cure Violence», un organisme qui lutte contre les violences à Chicago.

 

5376 meurtres en 10 ans
 
Avec ses 762 homicides, 2016 a effacé le triste record de l'année 1997 qui en répertoriait 761. La barre des 796 meurtres, établie en 1996, n'a toutefois pas été dépassée. Au début des années 1990, Chicago était en effet connu pour ses meurtres violents. Des mesures avaient alors été prises pour endiguer cette spirale et, entre 1997 et 2006, le nombre de crimes et délits avaient baissé de 34%. Seulement, la crise économique de 2008 et les décisions successives des autorités en place ont affecté cette ville industrielle qui connaît de nouveau un pic en termes d'homicides.
 
Plus de 80% des violences armées opposent de jeunes membres des gangs dans les quartiers déshérités du South Side et du West Side. Selon les statistiques de la police, la majorité des victimes et des tueurs a le même profil: masculin, noir, âgé de 17 à 23 ans. Dans 8 des 77 quartiers de Chicago, la police dénombre 90 homicides pour 100.000 habitants. Toutefois, onze d'entre eux n'ont connu aucun meurtre l'année passée. Une disparité qui s'explique, notamment, par le cloisonnement entre quartiers riches et pauvres.
 
Gangs, police et armes à feu
L'accroissement des homicides à Chicago n'est pourtant pas dû seulement à la segmentation des quartiers en fonction des revenus, que connaissent plus ou moins toutes les grandes villes américaines. Le contrôle des armes à feu joue en effet un rôle prépondérant. Si le nombre de meurtres sans armes à feu à Chicago est presque identique à celui de New York, il est plus de trois fois supérieur lorsque des pistolets sont utilisés. La législation de la «Cité des vents» est en effet plus permissive que celle de New York. Les juges fédéraux de Chicago ont récemment supprimé l'interdiction du port d'armes à feu en 2010, et leur vente en 2014.
 
Chicago n'a fait que baisser le nombre de ses fonctionnaires de police depuis une décennie. Les forces de l'ordre ont dans le même temps changé leur manière de pratiquer les fouilles au corps, avec plus de formulaires à remplir de la part des agents. Un dispositif chronophage qui a eu pour conséquences de diminuer l'activité policière tandis que les violences augmentaient. «Les patrouilles, où l'on cherchait des personnes en train de commettre des infractions, ne sont plus aussi courantes qu'elles l'étaient», a déclaré dans une émission télévisée Brian Warner en décembre dernier, un ancien agent devenu consultant auprès de la police.
 
Par ailleurs, Chicago fait face à une prolifération des gangs, qui sont le plus souvent à l'origine des homicides. L'évolution, rapporte John Hagedorn, professeur à l'Université de l'Illinois au New York Times, réside dans le fait que ces bandes se déclarent moins la guerre pour des problèmes de territoires, comme c'était le cas jusqu'alors, que pour des différends personnels impliquant plusieurs chefs. «Les leaders s'insultent sur les réseaux sociaux pour montrer qu'ils sont des durs. Ces conflits se règlent ensuite dans la rue, à coup de balles»», poursuit le chercheur. Si les gangs sont aussi présents à New York, et dans d'autres métropoles américaines, le phénomène semble plus inquiétant à Chicago.
 
Certains facteurs sociétaux sont aussi à prendre en compte... Il semble exister une corrélation entre les zones défavorisées et le taux d'homicides. Par exemple, dans des quartiers comme Austin, Humboldt Park et Englewood - où les meurtres sont les plus nombreux depuis dix ans - l'accession aux diplômes et les revenus par habitant sont plus faibles, selon les indicateurs démographiques compilés par la ville entre 2008 et 2012.
● Une lueur d'espoir?
 
Toutefois, Chicago n'est pas nécessairement la ville la plus dangereuse des États-Unis. Saint-Louis, Detroit ou La Nouvelle-Orléans comptabilisent en effet plus de 35 meurtres pour 100.000 habitants, contre 18 pour Chicago. La métropole de l'Illinois est, en revanche, la plus meurtrière parmi celles de plus de deux millions de personnes.
 
Face au fléau de la violence, une des solutions pourrait être de s'inspirer des autres villes du pays. Fin décembre, le chef de la police de Chicago, Eddie Johnson, a ainsi effectué un passage auprès de ses collègues new-yorkais et assuré au journal Chicago Sun-Times qu'il testerait certaines de leurs méthodes dans l'année à venir. La métropole de la côte est, qui avait un nombre d'homicide supérieur à celui de Chicago jusqu'en 2011, a ainsi connu une nette diminution des homicides. En 2016, elle est même passée pour la première fois depuis une décennie sous les 300 meurtres. Une amélioration qui pourrait inspirer les autorités de Chicago.
 
Pourtant dès les premières heures de 2017, Chicago a de nouveau été le théâtre de meurtres. Le 1er janvier, la police a été appelée dès 4h30 du matin pour une fusillade dans un bar. Résultat: la nouvelle année débute avec deux homicides et part sur le même rythme que 2016...

 

 

Par : Le Figaro pour H24info

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