Scandaleux: après le meurtre, des expulsions illégales!

H24info
Le corps sans vie et ensanglanté de Charles Ndour, tué vendredi 29 août au soir à Tanger.

Le corps sans vie et ensanglanté de Charles Ndour, tué vendredi 29 août au soir à Tanger. ©DR

VIDEO- Visiblement dépassées après le meurtre raciste du Sénégalais Charles Ndour à Tanger les autorités marocaines ont réagi en… raflant une vingtaine de Subsahariens: la plupart ont été pris au hasard, mais l'en d'entre eux est un témoin potentiel du meurtre.

Le meurtre de Charles Ndour, Sénégalais de 26 ans qui résidait légalement au Maroc, égorgé vendredi soir à Tanger, a choqué le royaume comme le Sénégal.
On s’attendait donc, suite au tollé général et aux demandes du Sénégal, que les autorités réagissent en prenant des mesures fortes contre les violences racistes qui sévissent à Tanger, surtout dans le quartier de Boukhalef, depuis plus d’un an. Mais non: les autorités marocaines ont simplement… raflé des Subsahariens, qu’ils s’apprêtent à expulser au mépris de la loi marocaine, sans aucune décision administrative et judiciaire.
 
Un témoin du meurtre sur le point d’être expulsé
Pire, parmi les 26 (ou 27) personnes qui attendent menottes au poignet, à l’heure où nous publions ces lignes, qu’un avion les emmène vers une destination inconnue (alors qu'elles ont presque une dizaine de nationalités différentes), se trouve le cousin de Charles Ndour, un témoin important pour résoudre le meurtre de ce dernier.
Encore pire, une grande partie des « raflés » n’a rien à voir avec ces évènements, puisqu’ils n’ont pas participé aux affrontements du vendredi soir, ni à la manifestation de protestation contre la mort de Charles Ndour le lendemain.
 
Un migrant refoulé malgré ses papiers en règle!
Landri est l’un de ces hommes “ramassés” au hasard. Il explique par téléphone à H24 que la seule femme dans le groupe a été arrêtée alors qu’elle revenait du marché, et qu’elle ignorait tout de la manifestation qui s’est déroulée samedi matin en protestation à la mort de Charles Ndour.
Cerise sur le gâteau, l’un des raflés, Arona Samb, est un Sénégalais en situation régulière! Il collabore notamment avec une ONG tangéroise, l'Association Rencontre Méditerranéenne pour l’Immigration et  le Développement (ARMID).

Un juge a libéré le groupe?
Joint lui aussi au téléphone par H24info, il témoigne: “J’ai été raflé ce week-end dans le centre-ville, près du Café de Paris. J’ai expliqué aux policiers que je n’avais pas participé aux évènements (je vis dans un autre quartier) et que j’avais des papiers, mais ils m’ont répondu que “les noirs faisaient trop de problèmes”. Lundi, nous avons vu un juge, qui nous a parlé un à un. Il a vu que j’avais mes papiers. Il nous a donné un mois “de sursis”, nous prévenant de ne pas faire de problèmes pendant cette période, sinon on irait en prison. Il nous a donné une amende de 1000 dirhams chacun, et nous a dit qu’on était libres et qu’on avait 10 jours pour faire appel de sa décision.”
 
Des menottes pendant 72 heures, et une destination inconnue
Mais le groupe est reconduit directement au commissariat, où on leur dit attendre la nuit pour les relâcher, avant de leur annoncer qu’ils seraient ”libérés à Rabat”. En route la nuit même, les infortunés voient bien que le bus ne s’arrête pas à la capitale. Quand ils se plaignent, les policiers les menacent de les abandonner à la frontière du Maroc et de la Mauritanie, dans le désert.
Il arrivent finalement mardi matin à l’aéroport Mohammed V, où ils attendent, menottés (ils sont menottés depuis 72 heures) d’être embarqué dans un hypothétique vol.
 
Excès de zèle, coup de panique?
En attendant, les associations de droits de l’homme et d’aide aux migrants s’activent. Hicham Rachidi, du GADEM, nous explique que deux avocats, (une à Casablanca et un à Tanger) “sont sur le dossier en ce moment-même pour stopper le refoulement –complètement illégal- de Harouna”.
Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête des policiers qui semblent vouloir résoudre une situation potentiellement explosive –dans un quartier pauvre et sensible- par un refoulement “sauvage” et irrégulier de subsahariens pris au hasard ? Et parmi lesquels on trouve le cousin de la victime!
 
Charles Ndour tué chez lui? (vidéo)
Un témoin potentiel extrêmement important, surtout si l’on considère la vidéo ci-dessous. Publiée par le site arabophone NoonPresse, elle révèle les circonstances –très violentes- du crime, pour lequel 3 Marocains ont déjà été arrêtés. Charles Ndour n’aurait ainsi pas été tué lors d’une bataille rangée, il était chez lui quand un groupe d’hommes est entré, enfonçant la porte. Son assassin, cagoulé, lui aurait directement porté un coup à la gorge, le tuant de sang-froid. On est loin d’une bavure lors d’une échauffourée qui a dégénéré…
 
Mise à jour
Tard dans la soirée de mardi, Arona Samb a été libéré, certainement grâce à la mobilisation des associations (GADEM, ARDIM, etc.) et aux médias qui ont dénoncé son expulsion illégale. Malheureusement, les autres subsahariens raflés n'ont pas eu cette chance. Ils ont été renvoyé dans leur pays respectif. Leur refoulement est tout aussi illégal car ne respectant aucune des procédures de la loi 02-03 sur l'émigration et l'immigration clandestine. Enfin, le cousin de Charles Ndour et potentiel témoin-clef dans son meurtre a également été renvoyé chez lui.
 
Pourquoi c'est illégal?
D'abord parce que toutes les expulsions sont censées être suspendues cette année alors qu'une grande campagne de régularisation, lancée par le roi, est censée prendre place. D'autre part, l'expulsion doit suivre une décision administrative, explique la loi 02-03 qui prévoit également des recours pour les migrants: "Article 23 : L'étranger, qui fait l'objet d'une décision de reconduite à la frontière, peut, dans les quarante-huit heures suivant la notification, demander l'annulation de cette décision au président du tribunal administratif, en sa qualité de juge des référés. Le président ou son délégué statue dans un délai de 4 jours francs à compter de la saisine. Il peut se transporter au siège de l'instance judiciaire la plus proche du lieu où se trouve l'étranger, si celui-ci est retenu en application de l'article 34 de la présente".
Ce refoulement dans la précipitation, s'il est bien motivé par une décision administrative (dont on peut douter qu'elle soit intervenue aussi rapidement), a donc bafoué le droit des Subsahariens en question, à faire appel.

 
 
 

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