Disneyland, le rêve éveillé du grand Walt

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Disneyland, le rêve éveillé du grand Walt

©Figaro Hors-Série Disney

Le 17 juillet 1955, jour de l'inauguration du parc, les journalistes parlent d'un «Black Sunday». Pourtant les spectateurs invités affluent par milliers dans une joyeuse pagaille. Walt Disney triomphe.

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 «Heigh-ho, it's off to work we go!» Il est trois heures du matin en ce 17 juillet, jour de l'inauguration de Disneyland, et Walt, tout en chantant, donne un dernier coup de peinture à un volet bleu. Le parc est une ruche. Lui volette telle une abeille allant d'un endroit à l'autre, pour «ramasser le pollen», selon son expression favorite, et en faire son miel.

Chaque jour que Dieu fait - Disney ne fréquente guère les églises, mais se déclare croyant -, Walt, coiffé d'un stetson ou d'une casquette, s'est rendu à Disneyland durant les travaux. Il parcourait le chantier donnant des ordres, des contrordres, faisant changer de place un arbre ou modifier la couleur d'une véranda. Il a veillé à chaque détail, chaque brin d'herbe, mais ne montrait aucune nervosité. Il savait qu'il allait réussir. Il ne pouvait que réussir.
Les ouvriers - ils étaient plus de deux mille durant les derniers mois - le regardaient sillonner Disneyland en jeep, en camionnette ou à vélo, épatés par la vitalité de l'Onc' Walt. Malgré son arthrite nucale, il grimpait sur les échafaudages, se hissait sur une balustrade ou sautait un fossé, heureux comme un chiot en liberté. Ou Dumbo, l'éléphant volant.
 
Khrouchtchev pique une de ses célèbres colères parce que Washington lui refuse Disneyland
 
Le parc n'ouvrira qu'en début d'après-midi, mais dès le matin on signale un bouchon de onze kilomètres sur l'autoroute qui relie Anaheim à Los Angeles. Quelque onze mille personnes ont été invitées. Les petits malins, les resquilleurs sont deux fois plus nombreux. Ce qui promet une belle pagaille! Walt, qui pourtant déteste le désordre, s'en réjouit. Dès l'aube, journalistes et techniciens de la chaîne ABC se sont mis en place. L'ouverture du parc sera retransmise en direct. On s'attend à une audience record et les annonceurs se sont battus pour obtenir des spots publicitaires.
Semaine après semaine, dans ses émissions de télévision, Walt a attisé la flamme. Il distillait sa potion magique, montrant le bateau à aubes de Frontierland, l'île au trésor, la fusée de Tomorrowland ou les animaux robotisés de la jungle. Grands et petits trépignaient devant les écrans.
Malgré des cadences infernales, le parc n'est pas totalement achevé. Le Royaume du futur restera fermé. Les fontaines de soda n'ont pu être ouvertes à cause d'une grève des plombiers. L'asphalte, trop frais, va sans doute fondre au soleil car on prévoit une journée torride, mais Walt s'en moque. Il est au nirvana et reçoit son ami Ronald Reagan en éclatant de rire. «We got it!» Déjà il l'entraîne avec le gouverneur de Californie vers le train qui fait le tour de Disneyland. Ils montent à bord. Le convoi s'ébranle. Tchou! Tchou! Ils ont dix ans.

Qu'importe si un certain nombre de journalistes furètent dans les recoins du parc, notent minutieusement les ratés, les incidents, les failles, une inondation. Ce sont des pions de collège! Ils ne parviendront pas à gâcher le plaisir de Walt. Lorsqu'il troque sa combinaison de conducteur pour un costume et se joint à eux, Disney leur tape sur l'épaule et quand ils parlent de «Black Sunday», Walt ne perd pas le sourire. Pour lui, c'est un joyeux sunday. Aussi farfelu qu'un monôme sur un campus juste avant les vacances.

Dès le lendemain, des milliers de personnes se présentent à la porte de Disneyland et s'engagent dans Main Street, la rue principale calquée sur celle de Marceline. Au bout de deux mois, un million de personnes auront visité Disneyland et bientôt le chiffre dépassera les cinq millions.

À la surprise de la Maison-Blanche, tous les chefs d'État et monarques en voyage officiel aux États-Unis exigent que Disneyland soit inscrit à leur programme. Walt ne rechigne jamais à les accompagner. Lorsqu'il a appris que Nikita Khrouchtchev avait piqué une de ses célèbres colères parce que Washington lui avait refusé Disneyland sous prétexte qu'on ne pouvait y assurer sa pleine sécurité, Walt aurait embrassé le maître du Kremlin! Quelle publicité pour son parc! Quel parcours que le sien!

Il est à la tête d'un véritable empire. Couvert d'honneurs, de médailles, de récompenses, Walt ne compte plus ses oscars. On le réclame dans les universités, les banquets, toutes sortes de cérémonies. Il en est flatté. Mais son plus grand plaisir consiste à se réfugier dans le petit appartement qu'il s'est installé au-dessus de la caserne des pompiers à Disneyland. Il y passe ses soirées, le plus souvent seul, une bouteille de scotch à portée de la main.

Par : Irina de Chikoff pour H24info

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