Internationalisation des banques marocaines, mode d’emploi

Les grands comptes marocains s’internationalisent, et les banques doivent suivre le développement afin de ne pas perdre leur clientèle.

La Toulouse Business School (TBS) Casablanca a organisé mardi 23 janvier une conférence sur la stratégie d’internationalisation de la banque. La rencontre a vu la participation d’Ismail Douiri, directeur général de Attijariwafa Bank (AWB) et de Hassan El Basri, directeur général de la Banque centrale populaire (BCP).
 
Au titre de l’année 2015, Attijariwafa Bank a réalisé un résultat net part du Groupe de l’ordre de 4,5 milliards de dirhams, soit une croissance de 3,4% par rapport à l’année 2014. Un résultat en partie dû à « sa stratégie de diversification des métiers et des géographies et à sa politique anticipative en matière de gestion des risques ». AWB est présente dans plus d’une vingtaine de pays. Il en va de même pour la Banque centrale populaire, qui se développe notamment à travers sa filiale Banque Atlantique. Aujourd’hui implantées sûrement, les deux banques ont dû faire face à plusieurs aléas.
 

La première problématique qui se pose est celle de la taille du secteur bancaire comparé à l’économie. Même si la croissance d’une banque équivaut à la croissance de l’économie nationale, il arrive un moment où les banques, dans une optique concurrentielle, ne peuvent plus espérer gagner des parts de marché par des acquisitions. « Soit on accepte de croître avec l’économie, aux environs de 7%, soit on se tourne vers de nouveaux marchés à l’aide de notre capital et notre savoir-faire », a déclaré Douiri à l’assistance. Autre facteur important, les plus gros clients des banques marocaines s’internationalisent de plus en plus. Ils risqueraient de transférer leurs finances auprès de banques étrangères. En laissant d’autres banques entrer dans les comptes historiques, la banque nationale perd petit à petit de sa valeur. 
 
Les entités ont donc réalisé une étude de marché et de faisabilité. Mais pourquoi choisir l’étranger? La croissance serait-elle plus forte autour de nous?
En termes de marché bancaire, le Maroc ressemble assez à l’Afrique du Sud. Malgré une taille économique supérieure à celle du Maroc, l’Algérie a un ratio moitié moindre, ce qui la met environ au même niveau que l’économie nationale. La taille du marché bancaire algérien est anormalement faible par rapport à la taille de son économie. Le pays, et d’autres dans le même cas, chercheront alors à se rattraper. Cet effet rattrapage ne doit en aucun cas toucher le Maroc, qui est d’ores et déjà un acteur concurrentiel international de poids. Pour le moment, mis à part l’Algérie et la Tunisie, les autres marchés sont beaucoup plus petits que celui du royaume.

Après l’étude de marché, les groupes bancaires doivent se pencher sur la réglementation, qui n’est pas toujours la même dans les autres pays, ainsi que sur l’environnement macro-économique. C’est à ce moment que les banques peuvent établir un ordre de priorité en classant les pays. Ce classement prend en compte l’environnement économique, le contexte politique, les risques, etc. A ce titre, le directeur général d’Attijariwafa Bank rappelle l’importance de la diversification. En cas de problème dans un pays, et donc de perte de vitesse pour la banque, la croissance est largement rattrapée par les autres centres implantés.
D’autres types de risques existent, notamment politiques. La révolution en Tunisie a impacté l’une des plus grosses filiales de AWB, la guerre au Burkina Faso, le coup d’Etat en Côte d’Ivoire, etc. sont autant de risques à prendre en compte.
Il faut aussi penser aux charges. Nul ne peut faire croître les revenus sans faire croître les charges. Dans une banque, il y a deux grands facteurs de charges: les ressources humaines et le système informatique. Contrairement à ce que l’on peut croire, dans les pays étrangers, il faut très peu d’expatriés, qui seront là seulement pour des postes clefs, soit à des fins de contrôle des risques soit de transfert de synergie. L’informatique doit, quant à elle, être la même: une seule plateforme pour tout le monde. 

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