Manifeste: "Le Maroc maintenant"

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Manifeste: "Le Maroc maintenant"

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Le collectif le Maroc Maintenant, composé d'intellectuels et de nombreux acteurs de la société civile vient de publier un manifeste. Sa cause, le Maroc que nous voulons, pour nous et pour nos enfants.

Qu’est-il devenu ce pays, qu’il n'y a pas si longtemps, nous avons tant désiré Nouveau? Un pays que son enracinement, que ses valeurs, ne déterminaient, en rien, bien au contraire à se choisir pour projet la régression… Qu’est-il devenu, ce Maroc qui avait su dépasser ses heures les plus sombres, et n’aspirait, avec ses faiblesses, ses forces, ses atavismes, son génie, ses différences, son réalisme et son enthousiasme, ses rêves et ses limites - qu’il entendait repousser le plus loin possible - oui, qui n’aspirait qu’à remplir la promesse dont il était porteur…

Une saine promesse, qui prenait la forme de revendications légitimes, pour beaucoup, à un mieux vivre, revendications fortes, nourries davantage d’espoirs, que de ressentiments. Que penser de l’esprit qui fût celui d’un moment, qui fût celui de notre pays, presque lointain, alors qu’une mutation récente, prend désormais la forme d’une idéologie archaïque et sectaire. Idéologie emprunte de haine et qui prend désormais la forme d’affreux tribunaux populaires, qui, au nom d’une fausse morale, brutale et dévoyée qui ne fût jamais la nôtre, ouvre grande la porte de la plus insoutenable sauvagerie.
Violence contre des jeunes filles portant jupes, condamnation de jeunes gens pour un baiser, homosexuel lynché, couple homosexuel sorti de chez lui, puis tabassé, puis, comble de tout, jugé… Voyante lapidée! Et l’on ne compte plus les insultes, les anathèmes… C’est cela, le nihilisme: prendre plaisir à l’enlaidissement de soi, des autres, du Monde, méchanceté hargneuse et rieuse, qui prend le prétexte de la Liberté pour tout infester! Et bien, il pue, cet Internet de la haine. Elle fait peur, cette violence! Elle infeste tous les mondes sociaux cette rage qui tue des gosses, en plein stade, là où le sport est supposé les rassembler…
Hypothèse, donc.
Et si nous avions oublié que nous avons rêvé d’un Maroc autre?
D’un Etat, d’un pays, qui, s’il savait nommer ses difficultés, savait encore refuser la vindicte et la haine? Si oui, si, en quelques années, nous avons oublié ce Maroc-là, qu’avons-nous lâché? A quoi nous sommes-nous résignés, habitués ? A quoi, au fond, avons-nous consenti? Comment, à quelles conditions, et à quel moment?
Répétons-le: qu’est devenu ce pays, qu’il y a quelques années encore, nous avions cru et désiré Nouveau.
Qui peut nier que, depuis quelques années, - faut-il seulement l’imputer à une formation politique, ou penser qu’elle n’aura rien fait pour l’empêcher - nous n’avons pas, à plusieurs reprises, largement franchi la frontière qui sépare les sociétés qui, sur des questions désormais essentielles, se montrent et se vivent comme décentes, sereines, ouvertes, libres… des autres sociétés, lorsque celles-là se montrent fermées, intolérantes, polyphobes. Et au fond: nihilistes.
Qui peut nier, donc, que libre cours est donné, avec une régularité terrible, dangereuse, et pathétique, à la haine, à la violence, au ressentiment qui ouvrent grandes les portes de nouveaux petits tribunaux de la vindicte populaire, d’une horrible morale du lynchage,  d’une nouvelle police des mœurs, qui, lorsqu’ils se voient couplés à la puissance du réseaux, produisent, au-delà de la violence et de la haine, la délectation de cette même violence, de cette même haine, produisant une méchanceté sadique, dont trop de concitoyens se délectent désormais… Et qui, parce que l’époque est à l’amalgame, à la confusion, certes mondialisés, font chaque jour plus d’émules!
Alors?
Comment devenir le Maroc du 21ème siècle?
Ce grand pays, certes enraciné dans ses valeurs, mais non pas enfermé par elles! Un pays qui ne peut plus être celui dont Paul Pascon disait que ses habitants, - les marocains, ont "choisi de ne pas choisir"... Ces marocains là, ce Maroc-là, n'est plus! Aussi nostalgiques que soient les sentiments qu'il peut encore inspirer...
Aujourd'hui, ce que nous devons être nous somme de faire des choix qui détermineront l'avenir de nos enfants, de nos petits enfants. L'avenir de ceux qui, parmi nous, pour tant de raisons désormais valables, méritent des droits, et de vivre en plein jour, un Maroc où chacun aura sa place, ou personne n'aura à se cacher, pour exister!
Ces choix passent par des décisions franches, irréversibles, qu'il faut prendre, aujourd'hui, maintenant, n'en déplaise aux tacticiens du retard, aux idéologues de l'enkystement. Considérer le Maroc, ce pays que nous avons cru Nouveau, nous devons lui donner le seul nom qui est le sien, ce nom est Maintenant.
Le Maroc Maintenant, voilà le nom de l’urgence, qui, sans plus attendre, se doit prendre la forme de changements imminents. Oui, mais lesquels?
Des changements, des transformations, une véritable mutation, certes commencée, mais que nous avons abandonnée dans un état d’inachèvement.
Alors, le Maroc Maintenant, s’il est le nom d’un diagnostic, d’un rêve il est aussi, et d’abord, celui d’une action, de changements radicaux, du passage à autre chose, de choix à faire, sans plus tarder. Car le temps nous est compté.
Ces changements qui doivent permettre de conduire à l’édification d’une société où chacun trouvera sa place, ces changements supposent que le Droit, d’abord, soit convoqué. Le Droit, c’est-à-dire des droits, dont découleront autant de devoirs. Ces Droits, ces devoirs, quels sont-ils?
Nous croyons,
-       Que sans Liberté de Conscience, il n’est pas de société ni de citoyens libres, responsables, adultes.
-       Que si nous n’abolissons pas la peine de mort, nous demeurons ancrés dans la fausse croyance de son caractère dissuasif, et persistons dans la politique de la terreur.
-       Que si nous ne dépénalisons pas l’homosexualité, nous donnons, encore, à l’homophobie, le droit de s’exercer et demeurons une société archaïque.
-       Que si nous ne dépénalisons pas la sexualité hors-mariage, nous persistons dans l’hypocrisie et le vice.
-       Que si nous ne dépénalisons pas le cannabis, nous laissons à des mafias le pouvoir de se partager des territoires de non-droit, et la possibilité d’envoyer à l’école de la prison des consommateurs, quand ceux-ci devraient être pris en charge sur le mode thérapeutique.
-       Que si nous ne pénalisons pas la pédophilie - si elle reste impunie - c’est la vie physique et psychique de nos enfants que nous vouons au danger.
-       Que si nous pénalisons pas le travail des enfants, nous ne sommes pas dignes de notre avenir.
-       Que si les actes de lynchage, les violences, la brutalité contre des personnes, en situation de stigmatisation soudaine, ne sont pas réellement punis, c’est que nous acceptons que se perpétue la sauvagerie.
Le Maroc, Maintenant est celui d’une société ayant pris la décision de choisir.
Ce Maroc où, par le Droit, les individus se sentent protégés, quelles que soient leur croyance, leur foi, leur orientation sexuelle, ce Maroc qui protège les plus vulnérables, leur rend justice, empêche que la xénophobie, que l’homophobie, que la maltraitance, que la violence soient possibles.
Nous croyons et savons que ce Maroc ne trahit en rien, la promesse que contiennent, et son Histoire, et sa Tradition, bien au contraire, cette promesse, il la tient. Mais s’il le fait, c’est avec les moyens qu’exige ce siècle, dans lequel il a toute sa place, qui le porte vers l’avant, en refusant toutes les régressions. Ce Maroc est possible. Ce Maroc, nous le voulons tous. Maintenant! 
Liste des premiers signataires
Hind Taarji
Sanna El Aji
Yannick Assor Soussana
Jihane Bougrine
Souad Mekaoui
Narjisse Rerhaye
Mouna Lahrech
Khouloud Kebali
Driss Jaydane
Mehdi Alioua
Jalil Bennani
Tourabi Abdellah
Tarik Qattab
Nourredine Lakhmari
Ahmed Ghayet
Maria Chraibi
Asmaa Falhi
Younès Ajarraï
Zineb Andress Arrak
Hicham Rachidi
Hayat Lahbayli

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