Donald Trump a-t-il déjà perdu?

H24info
Donald Trump a-t-il déjà perdu?

©AFP

Les derniers sondages ne sont pas en faveur de Trump. Pour Lauric Henneton, le candidat républicain ne parvient pas à dépasser suffisamment l'électorat des «hommes blancs en colère».

LES ARTICLES POPULAIRES

Lauric Henneton est maître de conférences à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, au sein de l'Institut d'Études culturelles et internationales. Son dernier livre Histoire religieuse des États-Unis a été publié en 2012 chez Flammarion.
 
Le Figaro: Donald Trump connaît une baisse dans les sondages nationaux comme auprès des investisseurs. Comment analysez-vous cette mauvaise passe pour le candidat républicain?
Lauric Henneton: On revient à des écarts assez nettement favorables à Clinton, comme en juin. Il y a eu un resserrement très net pendant les conventions. Trump est même revenu à hauteur de Clinton à la fin du mois de juillet dans les moyennes de sondages, qui permettent de ne pas se focaliser sur les sondages statistiquement aberrants mais isolés. Ensuite, donc à la suite de la convention démocrate, on assiste au traditionnel rebond pour Clinton, probablement accentué par la polémique autour de l'ancien combattant musulman dont les parents étaient intervenus le dernier jour de la convention démocrate. Depuis l'écart s'est creusé dans les dix premiers jours d'août, ensuite ça se stabilise un peu partout, au niveau national (ce qui n'est qu'indicatif) mais aussi et surtout dans de nombreux Etats-pivots. Cela dit, On reste à des écarts de moins de dix points. Certains y voient la certitude d'une élection facile et large pour Clinton, ce qu'annoncent les modèles statistiques comme FiveThirtyEight. D'autres sont plus circonspects, comme on a pu le lire ce jeudi dans le New York Times. Il semble qu'une certaine lassitude s'installe: Trump parle beaucoup, il parle trop, on annonce son «outrance de trop» depuis des mois, elle est peut-être arrivée.

Donald Trump a changé son équipe de campagne, s'est excusé pour avoir «pu causer une douleur personnelle» et semble adoucir ses propos sur l'immigration. Peut-il vraiment sortir de l'électorat des «vieux mâles blancs» en colère?
C'est la question centrale de cette élection présidentielle. Il est certain que sa campagne patine et qu'il ne trouve pas le rythme qui le ferait monter, mais il ne faut pas monter trop tôt non plus. À l'été 2004, Kerry était nettement devant Bush. Changer son équipe est généralement mauvais signe, c'est comme virer le coach quand l'équipe enchaîne les défaites. Il faudrait qu'il soit à la fois particulièrement bien entouré et particulièrement discipliné pour que ces changements aient un effet quelconque, et quand bien même, il est possible qu'il soit trop tard.
 
Pour ce qui est des excuses, c'est à la fois habile et risqué: habile dans la mesure où l'acte de contrition public fonctionne bien aux États-Unis, on pardonne plus volontiers à quelqu'un qui reconnaît avoir péché. Bill Clinton avait demandé pardon, suite à l'affaire Lewinsky, entouré de pasteurs baptistes (c'est un croyant sincère, ce n'était pas du tout hypocrite). En revanche, camper sur ses positions, même et surtout si elles froissent l'establishment et ne sont pas politiquement correctes, ça permet de requinquer la base. C'est une stratégie à la Ted Cruz: je dis la vérité, la vérité blesse certains, tant pis, je reste droit dans mes bottes. Sa contrition peut lui permettre de gagner des voix au centre (des électeurs qui le trouvaient excessif) mais aussi lui en faire perdre à droite.
 
Au niveau démographique il joue une partition particulièrement ardue: il lui faudra une mobilisation des blancs historique en nombre et en proportion pour espérer s'en sortir. Il me semble assez naïf de convoiter l'électorat noir, qui vote bien, en proportion, mais très largement pour le démocrate, n'importe lequel, et Clinton a beaucoup travaillé cet électorat. En revanche les jeunes et les Latinos votent peu, et les musulmans sont trop peu pour faire basculer une élection, mais Trump réussit à les mobiliser contre lui, ce qui est une bonne nouvelle pour l'exercice démocratique, même si c'est involontaire.

La fondation Clinton est vivement critiquée par les Républicains, qui mettent également en cause la santé de la candidate démocrate. Hillary Clinton peut-elle sauver Donald Trump? Les débats entre les deux prétendants à la Maison-Blanche Trump peuvent-ils changer la donne?

Ce sera une élection par défaut, ce qui n'est jamais réjouissant, et on entend beaucoup de comparaisons avec la situation en France: on vote contre plutôt que pour. Cette année c'est dans une proportion inédite. Le rejet des deux principaux candidats est particulièrement haut. On parle beaucoup du rejet de Trump dans l'opinion mais Clinton a également une très mauvaise image, y compris chez ses électeurs. Les révélations qui sortent (opportunément) contribuent à alimenter la méfiance à son égard: le financement de sa fondation par les États du Golfe (mais qui sert également à contrer son côté très pro-Israël), l'affaire des emails qui la poursuit comme le sparadrapdu Capitaine Haddock et qui tend à installer le doute sur son sérieux. Pourrait-on confier l'arme nucléaire à ce fou de Trump? Oui mais pourrait-on confier la diplomatie américaine à une femme qui utilise des serveurs personnels pour gérer la diplomatie de son pays?

Clinton reste un peu moins impopulaire que Trump, et elle est moins outrancière, moins urticante dans sa communication, ce qui pourrait la desservir un peu moins que Trump. De l'autre côté, au-delà des candidats-repoussoirs, il y a l'immense machine de bénévoles qui se met en branle pour aller à la pêche aux voix. C'est un travail titanesque de porte à porte à l'échelle d'un pays-continent, ce qu'il ne faut pas sous-estimer. Et la victoire finale dépendra de cette capacité de mobilisation notamment en face-à-face, mais aussi par le biais d'appels et de spots de campagne qui promettent d'être féroces. Pour l'instant Clinton tient la corde mais il reste du temps, beaucoup de choses imprévues et compromettantes peuvent encore sortir sur l'un comme sur l'autre. Quant aux débats, ils seront imprévisibles, du seul fait de Trump, mais il faudrait un gros coup, ou une grosse défaillance de Clinton, pour qu'ils jouent nettement en faveur de Trump. Statistiquement, et sauf coup de tonnerre, Clinton a de bonnes chances de l'emporter en novembre mais la véritable question est ce qu'elle pourra faire de cette victoire si le Congrès reste républicain, notamment le Sénat.

Par : Alexis Feertchak pour H24info

Vos commentaires

Envoyer à un ami

Donald Trump a-t-il déjà perdu?