Pourquoi les Marocains n’iront pas voter

H24info
  • Sabrina EL FAIZ
  • Chroniqueuse

A deux jours des élections législatives, le Maroc n’est pas emballé par les campagnes électorales, comme c'était le cas avant.

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PAM…PJD…PAM…PJD… Bon ça suffit! On l’aura bien compris: la seule bataille électorale existant à ce jour se joue entre ces deux partis.

"Nul besoin de soutenir les autres, ce sera l’un de ces deux". Voilà les rumeurs qui ressortent des rues de Casablanca. D’ailleurs, où sont ces autres? Mis à part de jolies camionnettes beaucoup trop hautes pour la ville de l’Union constitutionnelle, un réveil bien réussi du PSU, une chanson de Saad Lamjarred remixée façon PPS, les autres ne sont pas très visibles.

Le parti actuellement au pouvoir, le PJD, prône la tradition, le respect des règles familiales et religieuses, tandis que son rival de  toujours, le PAM, revendique tout le contraire. C’est à coup de vidéos sur YouTube, de paroles prises sur les réseaux sociaux et d’apparitions rocambolesques d'Ilyas El Omari, que ce dernier parti fait sa communication, se voulant plus libéral que le premier et pariant sur la jeunesse du Maroc.

Oui mais voilà, à force de dire tout haut ce qu’ils pensent les uns des autres, ces politiciens oublient de parler au peuple. A titre d’exemple, El Omari accuse le PJD de radicaliser les jeunes Marocains, et Benkirane, pas du tout content, réagit… Mais finalement, qui sait mieux que le jeune Marocain ce qu’il veut?

France 24 a relevé le problème actuel. Un duel indéfinissable entre deux partis faisant politique entre eux. On a beau crier sur tous les toits que c’est important de voter, que chaque voix compte… mais à qui s’adresse-t-on? A un pays qui ne sait où donner de la tête. Après tout, qui est venue nous expliquer clairement pourquoi voter pour l’un ou pour l’autre?

Les médias retracent les faits et gestes des leaders politiques du moment (Benkirane, El Omari, Mounib), les intellectuels montent au créneau pour critiquer untel ou untel, mais l’explication des programmes de chacun est ailleurs.

Le média français a fait parler les gens. De manière générale, à Casablanca, les gens sont soit dégoûtés du manque de changement («On a voté pendant longtemps, mais on a vu que cela ne donnait rien»), ou se sentent trahis.

Beaucoup ont voté pour le PJD lors des dernières élections législatives, mais la déception est là. S’ils avaient parié sur un changement il y a quelques années (ce même changement dont le PAM se sert pour ses slogans), ils ont vu que les choses ne se sont pas améliorées. Les chômeurs le sont toujours et la mauvaise situation financière des familles reste inchangée.

Certains accusent le PJD de ne s’être engagé que dans des projets qui servent au mieux les investisseurs étrangers ou locaux et non pas le citoyen. Et pour rappel, la baisse des prix des médicaments n’est pas à inscrire au nom d’un gouvernement, mais au nom d’un ministre PPS qui a fait de la médecine accessible à tous son cheval de bataille… même s’il reste beaucoup à faire. Mis à part quelques notes positives de ce genre, le PJD a répondu présent en termes de réception d’investissements, mais pas de réinvestissement pour le peuple. Cela ne change donc rien de ce que nous avons connu jusque-là avec d’autres partis comme l’Istiqlal. Et cela continuera à coup sûr avec un parti comme le PAM au pouvoir.

Certains Marocains feront peut-être l’effort de se déplacer dans les bureaux de vote vendredi prochain, mais beaucoup semblent encore indécis. Plus que deux jours restants, l’heure tourne et les partis n’ont toujours pas persuadé. En 2011, le taux d’abstention était de 55%. Il sera sans doute en recul cette année, mais combien de citoyens se sentent encore lésés par des programmes électoraux qui ne s’adressent qu’à une infime partie des votants?

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