Lettre à mes frères et sœurs français de confession musulmane

H24info
  • Malik Bezouh
  • Spécialiste de la question de l'islam de France

Malik Bezouh appelle tous ses concitoyens, Français de culture ou de confession musulmane, à manifester de façon ostentatoire leur rejet de la furie jihadiste*.

Désemparée, notre France, profondément meurtrie, panse ses plaies encore béantes. La bête immonde vient de la frapper en son cœur. Elle n'est ni brune, ni rouge mais verte. Son nom: DAECH...

En tant que Français de confession musulmane, j'appelle tous mes concitoyens, de culture ou de confession musulmane, à manifester de façon ostentatoire leur rejet de la furie djihadiste. Non pas parce qu'il y aurait le moindre doute quant à leur révulsion envers cette idéologie aussi mortifère que funeste, mais parce que la France, abasourdie, est terrorisée. Aussi, je me crois fondé de dire qu'il est de notre devoir le plus impérieux, nous autres Français, musulmans de conviction ou par héritage, de tenter d'apaiser cette peur aux effets dévastateurs. Nos frères en francité, de culture non musulmane, le réclament.

Dès lors pourquoi ne pas consentir à soulager cette angoisse lancinante? Nous couperions ainsi l'herbe sous le pieds de tous ceux qui, à l'extrême-droite, par démagogie, par populisme, par opportunisme, exploitent ce sentiment d'inquiétude en distillant la peur de l'altérité musulmane. Mieux: nous sortirions de cette posture victimaire que certains, à l'extrême-gauche ou issus de la communauté d'origine maghrébine, se plaisent à cultiver à des fins tantôt partisanes, tantôt communautaires. Car cette posture victimaire, aliénante au possible, empêche la réflexion, tue l'intelligence citoyenne et enferme, par un politiquement correct d'essence communautaire, qui ne dit pas son nom, un pan entier de cette France musulmane dans une sorte de pensée systématique et stérile.

Or le sentiment patriotique doit l'emporter sur toutes autres considérations comme le rappelait naguère Chateaubriand qui invitait chaque partie à «[…] (abandonner) quelque chose de ses prétentions pour concourir à la gloire de la patrie» en proie à de graves troubles et divisions. Me faisant, sans prétention aucune, le continuateur de l'illustre écrivain, j'invite mes frères et sœurs Français de confession ou de culture musulmane à rejeter le point de vue consistant à dire qu'il appartient aux Français, anciens ou de souche, de faire la part des choses en séparant le bon grain de l'ivraie, si je puis dire. Hélas, on peut attendre longtemps. Car la peur, engourdissant la raison, et la prégnance de certains préjugés, réactivés par une actualité décrivant un monde arabo-musulman violent et sanguinaire, sont autant de freins à une évolution plus positive de la perception de l'arabo-islamité dans la société française. Aussi n'attendons plus! Le temps presse. Les extrémistes, de tous bords, sont aux aguets et souhaitent, en silence, que la peur fasse son œuvre dans l'espoir de jouer leur sinistre partition. Pour l'amour de la France, sa sauvegarde, son salut, ne leur en donnons pas l'occasion. Soyons des bâtisseurs. Soyons des patriotes prosélytes.

Endossons ce rôle, un rien ingrat, consistant à faire la preuve de notre attachement, sans borne, au pays à chaque fois qu'un soubresaut intégriste l'ensanglante et le tétanise, en nous démarquant, de façon plus que visible, de ceux qui en sont à l'origine ; même si cela doit nous agacer au dernier degré car, ce faisant, nous éprouverons cette impression, fort désagrable, de nous justifier de crimes abjects dont nous ne sommes nullement comptables. Qu'importe! La France le vaut bien. Aussi, n'ayant aucun état d'âme et crions en chœur notre amour du pays de Bossuet. Il en va de l'unité de la nation française qui exige que l'on brise, sans plus tarder, les barreaux de cette prison victimaire dans laquelle on s'est enfermé depuis bien trop longtemps, à la grande joie des communautaires professionnels et des identitaires radicaux. Nos enfants, demain, nous en remercierons.

A la francité, notre bien commun sacré.

Source: Le Figaro

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